Lorsque j’ai commencé à m’intéresser au Tantra, je ne savais pas vraiment ce que je cherchais.
De la nouveauté ?
Du désir ?
Une autre sexualité ?
Me rapprocher de Pascale ?
Une manière de me reconnecter à mon corps ?
Peut-être simplement quelque chose qui me sorte d’une vie devenue trop étroite.
Aujourd’hui, après un an, trois stages et quelques autogérés, je pourrais être tenté de faire un bilan.
Dire :
voilà ce que le Tantra a changé dans ma vie.
Mais la réalité est moins simple.
Parce que beaucoup d’autres choses ont changé en même temps.
Mon âge.
Mon travail.
Ma relation avec Pascale.
Mon rapport au corps.
Ma manière d’envisager la suite de ma vie.
Alors je ne peux pas toujours dire :
« Le Tantra a provoqué cela. »
Mais je peux regarder ce qui, depuis que je l’explore, commence à bouger en moi.
Physiquement.
Sexuellement.
Émotionnellement.
Relationnellement.
Et peut-être spirituellement.
Je ne suis pas devenu quelqu’un d’autre
Je commencerais par cela pour éviter immédiatement le récit de transformation spectaculaire.
Je suis toujours moi. Avec mes habitudes.
Mes peurs.
Mes contradictions.
Mon mental.
Mes maladresses.
Mes élans.
J’ai toujours beaucoup de difficulté a ralentir le rythme même si mon corps me rappelle à l’ordre.
J’ai encore autant de mal à aller vers les autres avec cette impression de déranger.
On me rappelle encore cette tendance que j’ai a vouloir tout comprendre et parfois à encore trop contrôler.
Le Tantra ne m’a pas offert une nouvelle personnalité.
Il ne m’a pas rendu serein. Il ne m’a pas débarrassé de mon histoire.
Mais il m’a peut-être donné des situations dans lesquelles je ne peux plus aussi facilement éviter certaines parties de moi-même.
Et cela, déjà, change quelque chose.
Mon corps est devenu plus difficile à ignorer
Pendant une grande partie de ma vie, j’ai beaucoup demandé à mon corps.
Travailler.
Tenir.
Avancer.
Faire.
Être sexuellement performant.
Supporter.
Aujourd’hui, à plus de 60 ans, il se rappelle régulièrement à moi. Je peux encore faire beaucoup de choses mais j’en fais moins et plus lentement.
Mes sorties en randonnée sont devenues plus rares avec moins de dénivelés et des courses moins longues. La fatigue et les douleurs me rappellent à l’ordre bien vite.
Mes foulures et tendinites mettent beaucoup plus de temps à s’en remettre.
Mes torrides nuits d’amour relèvent aujourd’hui de souvenirs.
Le Tantra n’a évidemment pas rajeuni mon corps.
Il ne supprime ni les douleurs ni le vieillissement. Mais il m’oblige peut-être à l’écouter autrement.
À sentir.
À respirer.
À remarquer une tension.
Un frisson.
Une chaleur.
Une contraction.
Un plaisir.
Un refus.
Mon corps n’est plus seulement quelque chose que j’utilise.
Il commence à devenir quelque chose que j’écoute.
J’ai commencé à distinguer le corps de sa performance
Pendant longtemps, mon corps avait une valeur particulière lorsqu’il fonctionnait.
Une érection.
Une endurance.
Une capacité.
Une souplesse.
Une efficacité.
Puis certaines choses ont commencé à changer.
Et le Tantra arrive justement à ce moment de ma vie.
Je transforme aujourd’hui mes randonnées en promenades contemplatives, mes foulures en soins plus attentifs et mes nuits torrides en moments de partage, d’attention et de complicité.
Je découvre progressivement que :
une érection n’est pas mon désir ;
un orgasme n’est pas nécessairement une éjaculation ;
la pénétration n’est pas l’unique destination ;
un massage n’a pas besoin d’aboutir ;
un corps peut éprouver énormément sans « réussir » quelque chose, en veillant à sortir de la performance.
Peut-être que l’un des changements les plus profonds est là :
je commence à demander un peu moins à mon corps de prouver quelque chose.
Mon désir s’est élargi
Je connaissais assez bien le désir comme mouvement vers quelque chose.
Une femme me plaît.
Je la désire.
Je veux me rapprocher.
Toucher.
Embrasser.
Faire l’amour.
L’enchaînement me semblait assez naturel. Aujourd’hui, je découvre davantage de nuances.
Quand une femme me plaît, aujourd’hui.
Je la désire et je la regarde.
Si je perçois une ouverture dans son regard, je peux me rapprocher un peu. La suite demande alors un accord plus clair.
Si je suis proche, je peux parler.
Et le JE peut se transformer en nous.
Nous partageons nos regards, nos voix.
Éventuellement nos touchers, nos massages.
Le désir peut-être là… et rester là.
Je peux avoir de l’affection
et garder ma sexualité avec Pascale.
Je peux sentir une attraction sans devoir immédiatement en faire une histoire.
Je peux être bouleversé par une rencontre qui ne sera jamais une relation.
Le désir est peut-être devenu moins étroit.
Pas moins sexuel.
Mais plus vaste.
Toucher quelqu’un n’a plus exactement le même sens
Avant, le toucher pouvait être assez facilement associé chez moi au plaisir, à la sensualité, à la sexualité.
Aujourd’hui, mes expériences de massage ont créé davantage de nuances.
Toucher pour détendre.
Toucher pour écouter.
Toucher sans savoir.
Toucher sans prendre.
Toucher sans obliger le geste à conduire quelque part.
Masser un autre homme m’a procuré une toute autre approche.
L’intention était simplement de le masser.
Laisser mes mains masser cet homme.
Je découvre surtout que mes mains peuvent être occupées à faire… ou réellement être là.
Et cette distinction dépasse probablement le massage.
Recevoir est devenu une pratique
J’ai énormément fait dans ma vie.
Travailler.
Organiser.
Décider.
Résoudre.
Produire.
Donner aussi.
Recevoir me place dans une position beaucoup moins familière.
Dans un massage, notamment, je ne contrôle pas ce qui va arriver.
Je dois parfois simplement être là et prêt à recevoir,
sans pour autant tout recevoir.
Recevoir ne signifie plus nécessairement :
être passif.
Cela peut demander :
de sentir ;
de parler ;
de demander ;
de dire non ;
de laisser faire ce qui me convient.
Peut-être que le Tantra m’apprend quelque chose que ma vie professionnelle m’avait peu appris :
je n’ai pas toujours besoin d’être celui qui fait.
Dire non est devenu presque aussi important que dire oui
Voilà un changement important.
Je pensais peut-être autrefois qu’une expérience réussie était une expérience dans laquelle j’allais jusqu’au bout.
Aujourd’hui, je découvre davantage la valeur d’une limite.
Pas ici.
Pas maintenant.
Pas comme cela.
J’ai envie.
Je n’ai pas envie.
Je ne sais pas.
J’ai dernièrement massé une femme qui m’a demandé de changer ma façon de masser.
C’est un bel exercice qui m’a été offert là.
Non pas au niveau de ma façon.
Mais plutôt au niveau de mon égo.
Je vois, quelques heures et jours après, l’importance et la pertinence de se permettre d’exprimer ses souhaits, ses choix, ses limites.
Le consentement n’est plus seulement pour moi une règle destinée à empêcher un abus.
Il devient aussi une manière de rester en relation avec ce qui est réellement vivant en moi à cet instant.
Et peut-être qu’apprendre à dire non me permet aussi de donner des oui plus vrais.
Mon regard sur les autres a commencé à changer
Je classe énormément.
Belle.
Pas belle.
Attirante.
Pas attirante.
Sympathique.
Concurrent.
Rassurant.
Impressionnant.
Je continue évidemment à le faire.
Mais certaines structures m’ont permis d’entrevoir autre chose chez les autres.
La personnalité.
Les émotions.
Les difficultés…
Parfois, pendant quelques secondes, je peux regarder quelqu’un avant de décider ce qu’il représente pour moi.
Je peux simplement rencontrer quelqu’un.
Cela paraît peu.
Je crois que cela change beaucoup.
Les hommes ont aussi commencé à entrer autrement dans mon monde
Cette section pourrait être importante parce que ton chemin ne concerne pas uniquement les femmes.
Regarder un homme a considérablement modifié ma façon de regarder une femme. Et ce nouveau regard sur la femme a également contribué à regarder chacun différemment : en tant qu’être humain.
C’est pour moi un nouvel apprentissage.
Regarder un homme. Être regardé par lui.
Toucher un homme. Être touché par lui.
Masser un homme. Être massé par lui.
Sentir de l’affection.
Sentir de la fraternité.
Sentir de la présence sans sexualisation.
Pendant longtemps, une grande partie de mon exploration corporelle et relationnelle passait naturellement par les femmes.
Le Tantra m’a aussi placé face à des hommes.
Leur corps.
Leur vulnérabilité.
Leur regard.
Leur toucher.
Et peut-être une autre forme d’intimité.
Je découvre qu’il existe aussi des formes de proximité masculine auxquelles je n’avais pas toujours donné beaucoup de place.
Pascale et moi : le Tantra n’a pas seulement rapproché
Parce qu’un texte honnête ne doit pas raconter uniquement les bénéfices.
Le Tantra peut ouvrir. Mais il peut aussi compliquer.
Le désir pour d’autres personnes.
La jalousie.
Les limites.
Les peurs.
Les différences de rythme.
Les discussions sur ce qui constitue ou non une tromperie.
Nous avons eus, avec Pascale, ces échanges et ces questionnements. Certaines expériences nous ont rapprochés. D’autres ont créé des questions. Parfois même de l’inconfort.
Le dialogue est notre moteur et je commence à comprendre qu’une pratique de « relation » ne garantit absolument pas une relation facile.
Elle peut au contraire rendre certaines questions beaucoup plus visibles.
Que voulons-nous réellement vivre ensemble ?
Peut-être que le changement n’est pas d’avoir trouvé la réponse.
C’est d’avoir commencé à poser davantage la question.
Je parle davantage de ce qui se passe en moi
Je cherche aujourd’hui davantage à nommer :
mon désir ;
ma peur ;
ma jalousie ;
mon trouble ;
mon plaisir ;
mes limites.
Dans un cercle de parole, je ne cherche pas nécessairement la bonne explication. J’essaie d’abord de dire ce qui est là, et d’écouter ce qui est là chez les autres sans immédiatement vouloir le corriger.
Dans l’amitié, je peux être attentif à cette qualité d’écoute sans avoir besoin du cadre d’un cercle de parole. Mes échanges deviennent alors plus personnels.
Mais une chose a changé :
je me contente moins facilement de faire semblant de ne rien ressentir.
Émotionnellement, je suis peut-être devenu plus perméable
Certaines structures font apparaître des émotions avec étonnamment peu de choses.
Un regard.
Une main.
Une respiration.
Une personne qui accueille.
Un refus.
Une séparation.
Tout en restant plus prudent dans ma vie quotidienne, je me confie plus facilement et je laisse mes émotions remonter sans les réprimer. Avec Pascale, une grande liberté d’expression caractérise notre relation.
Je ne sais pas toujours ce que ces émotions racontent. Je me méfie même parfois de mon envie de leur donner immédiatement une grande signification.
Mais je semble leur laisser davantage de place.
Ressentir avant d’expliquer.
Cela aussi est assez nouveau pour moi.
Spirituellement, quelque chose s’est-il vraiment passé ?
Parce que le mot « spirituel » peut facilement devenir grandiose.
J’ai connu le yoga. Le Zen. Patanjali.
Je n’arrive donc pas au Tantra sans aucune histoire spirituelle.
Le fait de moins consommer ma sexualité et de la considérer comme une présence à partager modifie radicalement ma relation au corps avec l’autre. J’en viens naturellement à déplacer mes intentions dans une résonance spirituelle plutot que corporelle.
Peut-être que le Tantra n’a pas créé chez moi une spiritualité. Il a plutôt déplacé l’endroit où je pensais la trouver.
Pas seulement dans le silence.
La méditation.
La pratique.
Mais aussi éventuellement :
dans un regard ;
dans une respiration partagée ;
dans un corps nu ;
dans un massage ;
dans le plaisir ;
dans le respect d’une limite.
Cette idée, elle, m’a réellement déplacé.
Le sacré est devenu plus concret
Le sacré était pour moi un mot chargé. Religieux. Sérieux.
Presque extérieur.
Aujourd’hui, je commence à lui donner une définition beaucoup plus simple :
la qualité d’attention que je décide d’accorder à ce qui est déjà là.
Un corps.
Une personne.
Un repas.
Une marche.
Un café.
Un massage.
Cela ne veut pas dire que tout devient sacré.
Mais peut-être que certaines choses cessent d’être consommées distraitement.
Le Tantra a aussi renforcé certaines de mes illusions
Tout ce qui change n’est pas forcément un progrès.
Le Tantra peut aussi offrir un vocabulaire magnifique à mes propres histoires.
Énergie.
Connexion.
Amour.
Âme.
Sacré.
Rencontre.
Synchronicité.
Lors de mes premiers stages, j’ai été souvent porté par une idéalisation des rapports que j’avais avec d’autres femmes comme avec des hommes.
Sous prétexte d’ouvrir des espaces sacrés, je me suis vu imaginer prolonger ces espaces en dehors des stages et rencontres Tantra.
Sous prétexte d’ouvrir des cercles de parole et d’échanges intimes, j’ai pu me projeter dans des amitiés ou des amours possibles.
Je peux avoir envie d’appeler « connexion profonde » ce qui est peut-être simplement :
une attirance ;
un désir ;
une projection ;
un besoin d’être reconnu.
Le vocabulaire spirituel ne me protège pas du mensonge envers moi-même. Il peut même parfois le rendre plus élégant.
Cette découverte me paraît importante.
Je suis peut-être devenu plus méfiant envers les certitudes
Je crois que ce chemin me fait dire davantage :
je ne sais pas.
Je ne sais pas exactement ce que signifie cette énergie.
Je ne sais pas toujours pourquoi cette personne me touche.
Je ne sais pas si cette émotion vient du présent ou de mon histoire.
Je ne sais pas si cette rencontre est « importante ».
Je ne sais pas si le Tantra est ce que certains prétendent qu’il est.
Et finalement, cette incertitude ne me gêne peut-être plus autant.
Le Tantra pour moi maintenant est à vivre comme une expérience. Expérience personnelle et expérience avec l’autre, avec d’autres qui sont animés par cette même envie.
Je peux expérimenter.
Observer.
Prendre ce qui me paraît juste.
Et laisser le reste.
Et dans ma vie quotidienne ?
Parce que si le Tantra ne fonctionne que pendant un stage, qu’a-t-il réellement changé ?
Est-ce que quelque chose revient avec moi ?
Lorsque Pascale me parle.
Lorsque je marche dans la forêt.
Lorsque je bois un café.
Lorsque j’ai mal.
Lorsque quelqu’un me contrarie.
Lorsque je me sens seul.
L’enseignement des structures en dyade et en groupe m’aide à mieux voir comment j’entre en relation : comment j’écoute, ce que je projette, la place que je prends ou que je retiens, et comment je peux parler davantage en « je ».
L’enseignement d’Osho m’apprend à observer ce qui se passe en moi avant de réagir : une émotion, un désir ou un jugement peuvent être là sans que j’aie besoin de les croire ni d’agir immédiatement.
Je peux maintenant rester inactif sans culpabiliser.
Je peux regarder Pascale dans les yeux en étant clair avec moi-même.
Je peux regarder vivre mes émotions plus tranquillement sans me laisser submerger.
Ce sont probablement ces petites choses qui m’intéressent le plus aujourd’hui.
Pas ce qui se passe pendant trois jours dans un stage.
Mais ce qui reste le lundi matin.
Qu’est-ce qui n’a pas changé ?
Je continue à pester contre mon père.
Je continue à avoir peur de rien faire ou d’être inutile.
Je continue à être curieux de tout.
Mon mental continue à m’emmerder parfois.
Je continue à chercher de la reconnaissance.
Je peux encore projeter.
M’agacer.
Vouloir contrôler.
Me sentir abandonné.
Le Tantra ne m’a pas guéri de moi-même.
Et finalement, ce n’est peut-être pas ce que je lui demande.
Alors, qu’est-ce que le Tantra a changé ?
Peut-être moins de choses que je pourrais le prétendre.
Et peut-être beaucoup plus que je ne le vois encore.
Il n’a pas changé mon âge.
Il n’a pas supprimé mes douleurs.
Il n’a pas simplifié toutes mes relations.
Il ne m’a pas débarrassé de mes peurs.
Mais il a peut-être introduit des espaces nouveaux.
Entre le désir et l’action.
Entre le toucher et la prise.
Entre le oui et le non.
Entre ce que je ressens et l’histoire que j’en raconte.
Entre faire et recevoir.
Entre mon corps et moi.
Le Tantra m’a permis :
De mieux accepter mon corps.
De mieux me connaître.
D’envisager de meilleurs rapports avec les autres.
D’être en relation avec mon aimée.
D’être mieux connecté au monde nature.
Et peut-être que, pour l’instant, cela suffit.
Je n’en suis qu’au début
Je n’ai aucune envie d’écrire :
« Le Tantra a changé ma vie. »
Cela sonnerait trop définitif.
Je préfère dire :
il est en train de déplacer certaines choses dans ma manière de vivre.
Je ne sais pas encore lesquelles resteront.
Lesquelles disparaîtront.
Lesquelles deviendront vraiment importantes.
Je suis encore en train d’apprendre.
De tester.
De me tromper.
De recommencer.
Mais à 63 ans, une chose me paraît déjà précieuse.
Je pensais peut-être entrer dans le Tantra pour découvrir une pratique.
Je découvre surtout des questions.
Sur mon corps.
Mon désir.
Mes relations.
Ma manière d’aimer.
Ma peur.
Ma présence.
Et sur ce que je veux encore faire de la suite.
Peut-être est-ce déjà beaucoup.