J’ai connu Osho par la méditation.
Pas par ses livres.
Pas par sa réputation.
Pas par l’histoire mouvementée de ses communautés.
Et pas non plus par le Tantra.
J’ai d’abord rencontré ses méditations actives.
La Dynamique.
La Kundalini.
La Mandala.
La Gauri Shankar
La Breathing in love…
Des pratiques parfois étranges lorsqu’on les découvre pour la première fois : respirer intensément, secouer le corps, danser, crier parfois, rire, pleurer, tourner, puis s’arrêter.
Et observer.
Après avoir connu des formes de méditation plus silencieuses avec le yoga, où il s’agit volontiers de s’asseoir et de regarder ce qui se passe, je découvrais une proposition presque inverse :
commencer par mettre le corps en mouvement pour essayer ensuite de trouver le silence.
C’est par cette porte que je suis entré chez Osho.
Et, comme souvent chez moi, après avoir expérimenté, j’ai eu envie de comprendre.
Qui était cet homme ?
Pourquoi avait-il créé ces méditations ?
Pourquoi son nom revenait-il si souvent lorsque je m’intéressais au Tantra ?
Et pourquoi suscitait-il, encore aujourd’hui, autant d’enthousiasme que de méfiance ?
D’abord, il y eut le corps
La première chose qui m’a intéressé chez Osho n’était donc pas sa philosophie.
C’était ce que ses méditations me faisaient vivre.
La Dynamic Meditation dure une heure et associe plusieurs phases successives : respiration intense, expression cathartique, mouvement avec le son « Hou », arrêt total puis danse et célébration.
La Kundalini Meditation utilise notamment le tremblement libre du corps et la danse avant d’aller vers l’observation et l’immobilité.
La Mandala Meditation est elle aussi construite comme une méditation active en plusieurs étapes. Aujourd’hui encore, l’organisation Osho présente ces pratiques comme des moyens de passer par l’activité corporelle avant d’accéder plus facilement à l’observation et au silence.
La Mystic Rose va encore plus loin dans cette logique. Elle se déroule traditionnellement sur trois semaines : une période consacrée au rire, une autre aux pleurs, puis une dernière à l’assise silencieuse et à l’observation.
Cela ressemble peu à l’image classique que je pouvais avoir de la méditation.
Et c’est probablement ce qui m’a intéressé.
J’ai découvert la méditation Dynamique lors d’un stage chez Christine Lorand, L’Alchimie du cœur et Sexualité divine.
Avec la Dynamic Meditation, j’ai pu, pour la première fois, explorer et exprimer ma colère.
C’était le premier jour du stage, au petit matin, avant le petit déjeuner.
J’ai toujours essayé d’éviter la colère. Je pensais qu’il ne fallait pas que je me mette en colère, comme si c’était une dérive, un signe de non-maîtrise de soi. J’avais entendu parler de “saine colère”, sans vraiment y croire.
Je n’avais jamais imaginé qu’un stage consacré à l’amour puisse commencer par l’exploration de ma colère. Ou plutôt de mes colères.
Eh bien, si !
Et ça fait un bien fou.
Je crois que la colère mérite un article à elle toute seule !
Frapper un coussin au sol pour laisser sortir cette colère m’a procuré un véritable sentiment de libération. De vieilles pensées familiales, jusque-là enfouies, remontaient avec elle.
Incroyable !
Dans sa première phase, la Kundalini consiste à laisser le corps trembler pendant quinze minutes, tandis que la Mandala commence par une course sur place.
On prend le rythme que l’on veut, que l’on peut, soutenu ou pas. L’important est de vivre ces mouvements intensément pour libérer le corps de ses tensions afin de profiter pleinement des phases plus calmes et, peut-être, d’entrer réellement en méditation.
Le passage du mouvement à l’immobilité m’a procuré une sensation de plénitude et de calme intense.
Je ne sais pas toujours expliquer ce qui se passe dans ces pratiques.
Mais j’ai compris pourquoi elles avaient pu attirer autant de personnes qui avaient du mal à entrer directement dans une méditation silencieuse.
Chez Osho, le corps n’est pas forcément ce qu’il faut réussir à faire taire avant de devenir spirituel.
Il peut devenir la porte d’entrée.
Mais qui était Osho ?
C’est en commençant à me renseigner que j’ai découvert un personnage beaucoup plus complexe que l’inventeur de quelques méditations originales.
Osho est né en Inde en 1931 sous le nom de Chandra Mohan Jain. Il a étudié la philosophie puis l’a enseignée, principalement à l’université de Jabalpur, de 1958 à 1966. Il quitte ensuite l’enseignement universitaire pour parcourir l’Inde comme conférencier et enseignant spirituel, avant que son mouvement ne s’installe à Pune dans les années 1970. Il est alors surtout connu sous les noms d’Acharya Rajneesh puis de Bhagwan Shree Rajneesh ; le nom Osho sera adopté vers la fin de sa vie. Il meurt en 1990.
Ce n’était pas un maître appartenant tranquillement à une seule école.
Il parlait du Bouddha.
Du Zen.
Du Tao.
Du soufisme.
Du yoga.
De Tantra.
De Jésus.
De psychologie occidentale.
De sexualité.
De méditation.
Et surtout, il semblait se méfier fortement des religions organisées et des systèmes de croyance établis.
Cette liberté explique probablement une partie de son succès.
Et peut-être aussi une partie des problèmes.
Ce parcours était déjà très loin de l’image que je m’étais faite de l’homme derrière mes méditations du matin.
« Zorba le Bouddha »
Une expression d’Osho m’aide à comprendre une grande partie de sa pensée :
« Zorba le Bouddha ».
Zorba représente pour lui l’homme qui aime la terre, le corps, la nourriture, la danse, le plaisir, la sensualité et tout ce qui fait la saveur de l’existence.
Bouddha représente la conscience, le silence, la méditation, l’éveil intérieur.
Pour Osho, choisir l’un contre l’autre serait une erreur. Son idéal était de réunir les deux : ne pas sacrifier la vie pour devenir spirituel, mais ne pas non plus se perdre entièrement dans les plaisirs de la vie.
Cette idée me parle.
Elle rejoint assez bien certaines questions que je me pose aujourd’hui.
Pourquoi faudrait-il choisir entre le corps et l’esprit ?
Entre le plaisir et la conscience ?
Entre une certaine sagesse et l’envie de continuer à vivre intensément ?
Entre le silence…
et la danse ?
À 63 ans, je n’ai pas particulièrement envie de devenir un sage assis sur une montagne en attendant paisiblement la fin.
Mais je n’ai pas davantage envie de passer les années qui viennent à courir derrière une jeunesse qui n’est plus la mienne.
Zorba et Bouddha.
Il y a peut-être quelque chose à chercher entre les deux.
Et puis j’ai découvert son lien avec le Tantra
C’est là que ma curiosité s’est encore renforcée.
Osho n’a évidemment pas inventé le Tantra.
Les traditions tantriques sont beaucoup plus anciennes et beaucoup plus complexes que son enseignement.
Mais il a consacré une quantité considérable de discours au sujet, notamment au Vijñāna Bhairava Tantra, un texte du shivaïsme tantrique du Cachemire présentant environ 112 méthodes de méditation ou de concentration. Les discours qu’Osho lui a consacrés ont ensuite été publiés sous le titre The Book of Secrets.
Et ce détail est important.
Lorsque j’entends aujourd’hui « Tantra », le mot évoque facilement la sexualité, le massage, l’intimité ou le couple.
Or les 112 pratiques du Vijñāna Bhairava touchent à des domaines beaucoup plus larges : respiration, sensations, sons, regard, espace, vide, émotions, états entre veille et sommeil, mouvement de l’attention, plaisir aussi.
Osho insistait justement sur le Tantra comme voie d’expérience, davantage que comme système intellectuel : essayer une méthode, observer ce qu’elle produit, entrer dans la conscience par ce qui est déjà là.
Cela rejoint étrangement ce que je commence moi-même à découvrir dans les stages.
Regarder quelqu’un dans les yeux.
Respirer.
Sentir.
Toucher.
Être touché.
Observer une excitation sans nécessairement la transformer en action.
Être pleinement présent à une expérience apparemment très simple.
Je commence à comprendre pourquoi Osho apparaît aussi souvent dans l’univers du Tantra contemporain que je rencontre.
Osho a-t-il changé le Tantra occidental ?
Oui, probablement beaucoup.
Mais c’est là qu’il faut commencer à faire des distinctions.
Les historiens des religions qui étudient le Tantra moderne situent Rajneesh/Osho parmi les personnages importants dans la transformation du Tantra lorsqu’il rencontre la contre-culture occidentale des années 1960 et 1970.
Son enseignement participe à ce que l’on appelle aujourd’hui souvent le néo-Tantra : une réinterprétation moderne qui donne une place beaucoup plus importante au corps, à la sexualité, à la psychologie individuelle, à la relation et au développement personnel que la plupart des traditions tantriques historiques.
C’est important pour moi de le comprendre.
Lorsque je participe aujourd’hui à un stage de « Tantra » en France, ce que je rencontre n’est pas nécessairement la continuation directe d’une tradition vieille de plusieurs siècles.
Il peut y avoir des références aux traditions tantriques anciennes.
Du yoga.
De la méditation.
De la psychologie humaniste.
Des thérapies corporelles.
Du travail émotionnel.
De la sexualité consciente.
Des influences d’Osho.
Et beaucoup de créations plus récentes.
Tout cela s’est mélangé.
Cela ne signifie pas que ces pratiques seraient sans valeur.
Mais cela signifie qu’il faut savoir de quoi nous parlons.
La sexualité : ne pas réprimer, mais ne pas s’y arrêter
Osho a souvent été présenté en Occident comme le “sex guru”.
L’étiquette est pratique.
Elle est aussi terriblement réductrice.
Il parlait effectivement beaucoup de sexualité, et beaucoup plus librement que la plupart des maîtres spirituels de son époque. Il critiquait la répression sexuelle et défendait l’idée qu’on ne transforme pas une énergie en la niant. Son interprétation moderne du Tantra a incontestablement contribué à mettre la sexualité beaucoup plus au premier plan.
Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui est peut-être ailleurs.
Ce n’est pas :
« Comment devenir plus sexuel grâce au Tantra ? »
C’est plutôt :
« Que se passe-t-il si je cesse de lutter avec ce qui se passe en moi et que je commence par l’observer ? »
Le désir.
L’excitation.
La peur.
La honte.
La jalousie.
Le plaisir.
Le besoin d’être aimé.
L’envie de séduire.
Tout cela existe.
Je peux le condamner.
Je peux m’y abandonner complètement.
Ou peut-être apprendre à le regarder.
Cette troisième possibilité me paraît de plus en plus intéressante.
Méditer après avoir secoué le corps
Je comprends également mieux pourquoi Osho a développé ses méditations actives.
Son intuition était qu’une personne moderne, agitée, tendue, chargée émotionnellement, n’accède pas nécessairement facilement au silence simplement parce qu’on lui demande de s’asseoir et de ne plus bouger.
D’où le mouvement.
La respiration.
La danse.
La catharsis.
Puis le silence. Son organisation présente encore aujourd’hui ces pratiques selon cette logique de passage de l’activité à l’observation.
Je peux discuter la théorie.
Mais je peux aussi regarder mon expérience.
Lors de la méditation finale de la Dynamique, la détente est immédiate, profonde. Mon mental n’existe alors quasiment plus, si ce n’est quelques pensées éparses qui rentrent et sortent de mon esprit.
Whouaa !
C’est probablement là que je veux rester avec Osho :
dans l’expérience avant la croyance.
Mais il y a aussi l’autre histoire d’Osho
Je ne pourrais pas écrire honnêtement sur Osho en ne parlant que de méditation, de liberté, de Tantra et de célébration.
Son histoire comporte une face beaucoup plus sombre.
En 1981, son mouvement s’installe dans l’Oregon, aux États-Unis, et construit la communauté de Rajneeshpuram, qui comptera plusieurs milliers de résidents. Les tensions avec les populations et autorités locales deviennent considérables. Des dirigeants proches d’Osho, notamment autour de sa secrétaire Ma Anand Sheela, seront impliqués dans des faits criminels extrêmement graves : écoutes illégales, projets d’assassinat et contamination à la salmonelle de restaurants de The Dalles en 1984, qui rendit malades des centaines de personnes. Osho dénonça ensuite Sheela et son entourage. Il quitta lui-même les États-Unis après un accord judiciaire portant sur des infractions liées à l’immigration.
Il existe également aujourd’hui des témoignages particulièrement graves d’anciens enfants ayant vécu dans les communautés rajneeshies, faisant état d’abus sexuels commis au sein de ces communautés. Ces témoignages obligent à regarder avec beaucoup de sérieux ce que peuvent produire des milieux où la libération sexuelle, le pouvoir charismatique et la disparition de certaines limites se mélangent.
Je trouve important de ne pas contourner cela.
Car il serait facile de faire d’Osho soit un maître éclairé injustement incompris…
soit un gourou scandaleux dont tout devrait être jeté.
Je ne suis pas certain que l’une ou l’autre de ces positions m’aide à comprendre.
Peut-on prendre une pratique sans adopter le maître ?
C’est une question qui m’intéresse particulièrement.
J’ai pratiqué la Dynamique.
La Kundalini.
La Mandala.
Quelques autres méditations.
Certaines de ces expériences m’ont apporté quelque chose.
Dois-je pour autant adhérer à tout ce qu’Osho a dit ?
Non.
Dois-je considérer que tout ce qu’il a proposé devient sans valeur parce que son mouvement a connu des dérives considérables ?
Je ne le crois pas nécessairement non plus.
Mais je dois rester vigilant.
Je peux essayer une pratique.
Observer ce qu’elle produit.
Me renseigner sur son origine.
Comprendre le contexte dans lequel elle est née.
Garder ce qui m’aide.
Laisser ce qui ne me convient pas.
Et surtout ne pas abandonner mon discernement sous prétexte qu’un homme aurait atteint un degré de conscience supérieur au mien.
Cela aussi fait partie de ma recherche actuelle.
L’homme, l’enseignement et le mythe
Plus j’avance, plus je me méfie d’une tentation assez naturelle : confondre une idée intéressante avec celui qui l’a formulée.
Un homme peut avoir une intuition remarquable et être profondément contradictoire.
Un enseignant peut transmettre quelque chose de précieux sans devenir pour autant un modèle dans tous les domaines de son existence.
Et un groupe qui se réclame de la liberté peut produire de nouvelles formes d’emprise.
Osho me semble particulièrement intéressant à regarder sous cet angle.
Parce qu’il ne laisse pas facilement indifférent.
Il a provoqué.
Il a séduit.
Il a dérangé.
Il a probablement contribué à faire découvrir la méditation et certaines idées tantriques à un très large public occidental. Les chercheurs sur le néo-Tantra lui reconnaissent une influence majeure sur la manière dont le Tantra a été réinterprété en Europe et en Amérique depuis les années 1970.
Mais cette influence ne doit pas être confondue avec le Tantra traditionnel lui-même.
Osho est une porte vers une certaine lecture moderne du Tantra et montre bien là la différence entre Tantra traditionnel et néo-Tantra. Il n’est pas le Tantra.
Cette distinction me paraît essentielle.
Ce que je retiens aujourd’hui d’Osho
Je suis encore en train de le découvrir.
Je n’ai pas envie de devenir « disciple d’Osho ».
Et je n’ai pas davantage envie de le réduire au personnage excentrique, à ses Rolls-Royce ou aux scandales de l’Oregon.
Pour le moment, je retiens surtout quelques pistes.
Le corps peut être une porte vers la méditation avec une autre approche du Tantra par la méditation.
Le mouvement peut conduire au silence.
Une émotion peut être traversée plutôt que systématiquement réprimée.
La spiritualité n’exige pas nécessairement de renoncer au plaisir de vivre.
La sensualité et la conscience ne sont pas forcément ennemies.
Le désir peut être observé sans être immédiatement condamné ou assouvi.
Et peut-être surtout :
l’expérience mérite parfois de précéder l’explication.
Cela correspond assez bien à ce que je cherche aujourd’hui.
Lire.
Comprendre.
Expérimenter.
Puis laisser les livres de côté et voir ce qu’il en reste lorsque je retourne vivre.
Entre Zorba et Bouddha
Il me reste beaucoup de choses à découvrir sur Osho.
Et certainement beaucoup de choses avec lesquelles je ne serai pas d’accord.
Mais il y a cette image que je garde volontiers.
Zorba et Bouddha.
Le corps et la conscience.
La sensualité et le silence.
Le rire et la méditation.
La fête et l’intériorité.
Je ne sais pas s’il faut réellement réussir à les réunir.
Mais à l’âge où je me trouve, je n’ai plus tellement envie de choisir entre vivre et comprendre la vie.
J’aimerais encore danser.
Aimer.
Toucher.
Être touché.
Rire.
Peut-être pleurer.
Et apprendre parfois à ne rien faire.
À rester là.
À regarder.
C’est d’abord par ses méditations qu’Osho est entré dans mon parcours.
Je découvre aujourd’hui qu’il se trouve aussi sur plusieurs des chemins que je commence à explorer autour du Tantra.
Je vais donc continuer à le lire.
À l’écouter.
À pratiquer certaines de ses méditations.
Mais avec une règle que j’aimerais conserver pour l’ensemble de ce blog :
rester curieux sans renoncer à mon discernement.