Pendant longtemps, la méditation a eu pour moi une image assez précise.
S’asseoir.
Ne plus bouger.
Fermer les yeux.
Respirer.
Observer.
Faire silence.
Avec le yoga, puis d’autres approches de la méditation, j’avais intégré cette idée assez simple : pour aller vers le calme intérieur, il fallait commencer par calmer le corps.
Sur le papier, cela paraît logique. Dans la réalité, mon corps et surtout mon mental ne lisent pas toujours le mode d’emploi.
Je peux m’asseoir avec la ferme intention d’être présent.
Et quelques secondes plus tard penser à ce que je dois faire demain.
À une conversation.
À quelque chose que j’ai oublié.
À une douleur.
À mon dos.
À la position de ma jambe.
À la durée qu’il reste.
Et même à cette question assez absurde :
« Est-ce que je médite correctement ? »
Mon corps est immobile.
Mon mental, lui, continue parfois sa journée.
Alors une autre possibilité a commencé à m’intéresser :
et si l’immobilité n’était pas toujours le meilleur point de départ ?
Rester assis n’est pas toujours aussi simple qu’il y paraît
À 63 ans, mon rapport à l’immobilité a également changé.
Le corps n’est plus tout à fait celui qui pouvait s’installer dans une posture et l’oublier.
Il y a des tensions. Des positions moins confortables.
Un dos qui sait parfois très bien rappeler qu’il existe.
Le yoga lui-même est devenu plus difficile pour moi. La position du lotus est devenue plus délicate. Je pratique de plus en plus les méditations en tailleur ou allongé.
Cela ne signifie pas que je cherche à éviter toute sensation désagréable.
Il m’arrive au contraire de rester avec un inconfort.
De l’observer.
De voir comment il évolue.
Mais je commence à percevoir une différence entre :
observer un inconfort
et
passer toute une méditation à lutter contre mon corps.
Lorsque toute mon attention est occupée par l’envie de changer de position, ma douleur ou la question de savoir si je vais tenir encore quinze minutes, je ne suis pas certain d’être devenu beaucoup plus spirituel.
Je suis surtout assis avec un corps qui aimerait bien que je fasse quelque chose.
Mon mental non plus ne s’arrête pas sur commande
Le problème ne vient d’ailleurs pas seulement de mon corps.
Mon mental peut être très actif.
Il prépare.
Il analyse.
Il rejoue.
Il anticipe.
Il cherche des solutions.
Et lorsque je lui dis :
« Maintenant, tu arrêtes tout et tu observes ta respiration »,
il ne répond pas nécessairement :
« Très bien. »
Lors du stage de Christine Lorand, j’ai vécu une journée particulièrement dense qui s’est terminée par une méditation assise devant une bougie.
Je n’avais de cesse de me remémorer le dernier massage que j’avais donné, puis celui que j’avais reçu.
Peut-être avais-je été trop ceci, pas assez cela…
Lorsque j’étais receveur, je n’avais pas dit que certaines choses ne me convenaient pas ou n’étaient pas bienvenues pour moi.
Certaines avaient été dites pendant le débriefing. Pas toutes.
Et voilà que mon mental s’en délectait pendant la méditation.
Extérieurement, il ne se passait presque rien.
Intérieurement, la journée continuait.
L’immobilité extérieure ne produit pas automatiquement l’immobilité intérieure.
Cette évidence a probablement préparé ma rencontre avec une autre manière de méditer.
Osho est d’abord entré dans mes réflexions
Le nom d’Osho ne m’était pas totalement inconnu. Je l’avais notamment rencontré à travers le Tarot Zen d’Osho.
J’utilise parfois ces cartes lorsqu’une question me travaille.
Pas pour leur demander de me prédire ce qui va arriver.
Pas pour leur déléguer une décision.
Plutôt comme un support permettant de regarder un sujet autrement.
Une image.
Un mot.
Un texte.
Et parfois quelque chose se déplace.
Une question que je pensais avoir bien formulée apparaît soudain sous un autre angle.
Osho était donc d’abord entré chez moi par la réflexion.
Je ne savais pas encore que j’allais aussi le rencontrer beaucoup plus directement :
dans mon corps.
Puis j’ai découvert qu’une méditation pouvait commencer par bouger
Dans les stages autogérés auxquels je participe, une méditation active est régulièrement proposée.
La première fois, cela m’a surpris. J’associais encore fortement méditation et immobilité.
Là, il pouvait être question de respirer plus fortement.
De secouer le corps.
De bouger.
De danser.
Parfois de laisser sortir un son.
Puis, seulement ensuite, de s’arrêter.
Et d’observer.
Ma première méditation active fut la méditation OSHO© No-Dimensions.
J’y découvrais un corps en mouvement, des déplacements puis le tournoiement, tout en cherchant un centre intérieur qui, lui, demeure immobile.
Cela ressemblait presque à une danse avec sa propre chorégraphie.
Je pensais :
je dois d’abord m’arrêter pour aller vers le silence.
La proposition devenait :
bouge d’abord. Et regarde ensuite ce qui se passe lorsque tu t’arrêtes.
Le silence n’était plus nécessairement le point de départ.
Il pouvait devenir ce qui arrive après le mouvement.
Chez Christine Lorand, le mouvement a pris beaucoup plus de place
J’en ai fait une expérience plus forte lors du stage de Tantra de couple animé par Christine Lorand.
Chaque journée était notamment rythmée par plusieurs méditations actives.
Deux, parfois davantage selon le programme. La méditation n’était donc pas un petit temps calme placé en marge du stage.
Elle participait réellement à sa structure.
Et elle pouvait être très physique.
Respirer.
Bouger.
Secouer.
Danser.
Laisser le corps s’exprimer beaucoup plus largement que dans mon quotidien.
Ma première expérience de la Méditation OSHO© Dynamic fut une révélation.
Cette pratique alterne respiration intense, mouvement, immobilité et danse. Une phase dite de catharsis invite à laisser s’exprimer ce qui est là par les gestes, les cris, les pleurs ou le rire, avant de revenir à l’immobilité.
Pendant le stage, j’ai respiré rapidement et de façon chaotique, puis laissé mon corps s’exprimer davantage dans cette phase de catharsis. On pouvait notamment prendre un coussin, le frapper au sol, crier, laisser apparaître une colère.
J’ai ensuite sauté en répétant le son « Hou ! », avant de m’immobiliser soudainement pour observer en silence ce qui se passait en moi.
La méditation s’est achevée par une danse libre et joyeuse, comme une célébration de l’énergie retrouvée.
La sensation était assez nouvelle, presque libératrice. Par l’intensité du souffle et du mouvement, j’ai senti certaines tensions se relâcher et mon mental s’apaiser par la suite.
Ce qui m’intéresse aujourd’hui n’est finalement pas tellement de savoir si je suivais parfaitement la technique.
C’est de comprendre ce que cette sollicitation du corps venait modifier dans ma manière d’être présent.
« Lâcher prise »… mais lâcher quoi ?
Dans ces pratiques revient facilement une expression que je rencontre souvent dans le développement personnel :
lâcher prise.
J’ai toujours un petit problème avec cette formule.
Parce que si quelqu’un me dit :
« Lâche prise ! »
mon mental est tout à fait capable de répondre :
« D’accord. Comment est-ce qu’on fait ? »
Et me voilà avec un nouvel exercice à réussir.
Est-ce que je lâche suffisamment ?
Est-ce que je suis encore trop contrôlé ?
Les autres semblent beaucoup plus libres que moi.
Est-ce que je devrais bouger davantage ?
Crier plus fort ?
Danser autrement ?
Je peux même réussir à transformer le lâcher-prise en performance.
Alors je préfère aujourd’hui poser la question autrement.
Qu’est-ce que je contrôle ?
Mes gestes ?
Mon apparence ?
Le regard des autres ?
Mon émotion ?
La peur d’être ridicule ?
Mon besoin de comprendre ce que je suis en train de faire ?
Lors de cette première méditation Dynamique, il n’était pas question, pour moi, d’exprimer de la colère ou de pousser des cris.
En voyant les autres stagiaires s’exprimer si fortement, je ressentais quelque chose d’assez confus :
de la retenue chez moi, et de l’admiration pour ceux qui semblaient réussir à s’autoriser cette expression.
Peut-être que je ne peux pas décider de lâcher prise. Mais je peux parfois entrer dans une situation où je contrôle un peu moins.
Et, pour moi, la nuance est importante.
Fermer les yeux ne m’empêche pas de me comparer
Les méditations collectives ajoutent encore autre chose.
Les autres sont là.
Même les yeux fermés, je sais qu’ils sont là. Certains semblent capables de bouger avec une liberté impressionnante.
Certains font du bruit.
D’autres dansent.
Certains paraissent totalement absorbés.
Et moi ?
Avant de pratiquer le Tantra, j’avais du mal à danser, à vivre la danse, à faire danser mon corps.
J’ai éprouvé une difficulté similaire lors de ces méditations dynamiques, dans ces expressions corporelles.
J’étais conditionné à ne pas exprimer mes émotions, mon corps, à ne pas prendre trop de place parmi les autres, avec les autres.
Peu à peu, mon jugement s’est déplacé.
Je suis passé du rejet à l’admiration.
Puis de l’admiration à l’envie d’essayer moi-même.
Et progressivement, cette sensation d’être coincé a laissé davantage de place au plaisir de m’exprimer.
Je peux assez vite commencer à fabriquer une nouvelle image de ce que serait un « bon méditant actif ».
Et vouloir lui ressembler.
Peut-être que ma pratique commence précisément à l’endroit où je cesse d’essayer de ressembler à quelqu’un qui médite.
Même lorsque ce quelqu’un saute, danse ou crie à côté de moi.
Quand le corps prend suffisamment de place
Il y a aussi quelque chose de très concret.
Lorsque je bouge vraiment, mon corps réclame une partie de l’attention que mon mental monopolise habituellement.
Je sens mes jambes.
Mes pieds.
La respiration.
La chaleur.
L’équilibre.
La fatigue.
Le rythme.
Je ne disparais évidemment pas de ma tête. Je continue parfois à penser.
Mais autre chose prend davantage de place.
Le corps redevient difficile à ignorer.
C’est à la deuxième puis à la troisième pratique que quelque chose s’est davantage ouvert pour moi.
Chaleur dans la poitrine.
Sensations dans les lèvres et dans les mains.
Mon corps entier vibrait.
Il exultait presque.
Je me méfie des explications trop rapides.
Je pourrais écrire :
« J’ai libéré une énergie bloquée. »
Peut-être.
Mais je n’en sais rien.
Ce que je peux dire avec plus de certitude est beaucoup plus simple :
après avoir beaucoup bougé, je ne ressens pas mon corps de la même manière.
Et souvent, je ne ressens pas non plus mon mental exactement de la même manière.
Le moment qui m’intéresse le plus est peut-être celui où tout s’arrête
Curieusement, ce que je retiens le plus de certaines méditations actives n’est pas forcément le mouvement.
C’est l’arrêt.
Quelques secondes auparavant, mon corps bougeait.
Je respirais fortement.
Mon cœur battait.
Mes muscles travaillaient.
Puis :
plus rien.
Je m’arrête.
Mon cœur bat la chamade.
Je suis essoufflé, transpirant, presque comme après une séance de fitness.
Mes deux pieds au sol m’ancrent et stabilisent mon corps.
Je ressens une sorte d’ivresse.
Un bien-être très simple s’installe.
Je découvre alors quelque chose que l’assise traditionnelle ne me donnait pas toujours aussi facilement.
Je n’ai plus besoin de fabriquer l’immobilité.
Elle arrive après le mouvement.
Mon corps a encore envie de respirer.
Mon cœur continue son travail.
Il reste des vibrations.
Et pourtant je suis là.
Très présent à tout ce qui continue à bouger intérieurement alors que, extérieurement, je ne bouge plus.
Cette transition me fascine.
Tout bougeait.
Puis plus rien.
Et c’est peut-être précisément parce que tout a bougé juste avant que je puisse sentir aussi clairement ce qui reste.
Bouger ne suffit évidemment pas à méditer
Il serait tentant d’en conclure :
« Voilà ! Pour moi, la méditation active fonctionne mieux. »
Ce serait probablement un peu rapide.
Parce que je peux aussi bouger pendant une heure et rester totalement dans mon mental.
Je peux danser en me regardant danser.
Me demander si je fais bien.
Comparer mes mouvements à ceux de la personne d’à côté.
Attendre la fin.
Être ailleurs.
Le mouvement ne rend pas automatiquement présent.
Comme l’immobilité ne rend pas automatiquement méditatif.
Je peux marcher tout en préparant ma journée.
Je peux danser en pensant à tout autre chose.
Je peux respirer mécaniquement.
La question redevient donc finalement assez proche de celle que j’explore déjà ailleurs autour d’Osho :
est-ce que je suis conscient de ce qui est en train de se passer ?
C’est là que cet article rejoint pour moi Voir avant d’agir : ce qu’Osho nous apprend sur la conscience.
Le mouvement n’est peut-être qu’un autre terrain d’observation.
Le mouvement peut-il aussi devenir une fuite ?
Il y a malgré tout une question qui me paraît importante.
Si l’immobilité me met face à quelque chose d’inconfortable, le mouvement peut-il devenir une façon de l’éviter ?
Toujours bouger.
Toujours respirer fortement.
Toujours stimuler.
Toujours produire quelque chose.
Ne pas rencontrer l’ennui.
Ne pas rencontrer le silence.
Ne pas entendre certaines pensées.
Je peux facilement passer d’un extrême à l’autre.
Avant :
« Pour méditer, je dois rester immobile. »
Puis :
« Rester immobile ne me convient pas, donc il faut que je bouge. »
Je ne suis pas sûr que l’un soit beaucoup plus libre que l’autre.
La vraie question pourrait plutôt devenir :
est-ce que je bouge pour devenir plus présent… ou pour éviter ce que l’immobilité ferait apparaître ?
Je n’ai pas toujours la réponse.
Et peut-être que, selon les jours, ce n’est pas la même.
Je ne veux pas opposer méditation active et méditation assise
Je continue à trouver beaucoup de valeur à l’immobilité.
Elle me montre des choses que le mouvement cache parfois.
L’impatience.
L’envie de partir.
Une pensée qui revient encore et encore.
La douleur.
L’ennui.
Le besoin de contrôler.
Elle me demande simplement de rester là.
Le mouvement m’apprend autre chose.
Il peut me ramener vers les sensations.
Il peut donner une place au corps.
Il peut peut-être fatiguer suffisamment une partie de mon agitation pour rendre ensuite l’immobilité plus accessible.
Je n’ai donc pas envie de choisir :
méditation assise ou méditation active.
Je commence plutôt à envisager le mouvement comme une autre porte d’entrée.
Certains jours, je peux m’asseoir directement.
D’autres jours, mon corps semble me dire :
« Pas tout de suite. »
Alors je peux marcher.
Respirer.
Bouger.
Danser peut-être.
Et voir ce qui se passe ensuite.
Même marcher peut changer de qualité
Je retrouve parfois cette idée loin des stages.
Dans la marche.
Dans ce grand domaine du Chaudeau, j’ai goûté à la marche dans les bois, baigné par la nature, le soleil, les odeurs de sous-bois, le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles.
J’y retourne tous les jours maintenant. Je marche une demi-heure, une heure. Seul. Avec Pascale. Un pas après l’autre.
Respirer.
Regarder.
Sentir.
Parfois échanger et partager.
Parfois marcher en silence.
Lorsque je marche en silence, quelque chose change.
Je mets simplement un pied devant l’autre.
J’essaie de rester avec ma respiration, le rythme de mes pas, ce que je vois et ce que j’entends.
Je peux marcher pendant une heure en continuant une conversation avec moi-même.
Faire des kilomètres sans réellement voir ce qui m’entoure.
Ou, à un moment, sentir davantage mes pas.
Le sol.
L’air.
Un bruit.
Une odeur.
La température.
Mon souffle.
La marche extérieure est la même.
Mais je ne suis plus tout à fait dans le même endroit intérieurement.
Cela me fait penser que le caractère « méditatif » d’un mouvement tient peut-être moins au mouvement lui-même qu’à la manière dont je l’habite.
Peut-être que je cherchais trop à imposer le silence
Pendant longtemps, j’ai probablement essayé de faire taire mon mental.
Avec plus ou moins de succès.
« Arrête de penser. »
« Concentre-toi. »
« Sois présent. »
C’est assez amusant lorsque j’y pense. Mon mental ordonne à mon mental d’arrêter d’être mental.
Il y a quelque chose d’un peu circulaire là-dedans.
Les méditations actives me font entrevoir une autre possibilité.
Ne pas imposer immédiatement le silence.
Créer peut-être certaines conditions dans lesquelles quelque chose peut se calmer de lui-même.
Je ne sais pas encore exactement ce qui se joue physiologiquement ou psychologiquement dans ces pratiques.
Et je préfère ne pas inventer une explication parce qu’elle serait séduisante.
Je peux simplement observer ceci :
certaines fois, après avoir bougé, il m’est plus facile de m’arrêter.
Pour l’instant, cela me suffit.
Ce qu’Osho change ici pour moi
Je ne sais pas si les méditations proposées par Osho sont meilleures.
Je ne sais pas non plus si elles conviennent à tout le monde.
Ce n’est finalement pas la question qui m’intéresse.
Elles ont surtout fait tomber chez moi une évidence :
méditer n’implique pas nécessairement de commencer par ne plus bouger.
Certains jours, mon corps a besoin de bouger avant de pouvoir s’arrêter.
Le mouvement me ramène aux sensations. Il met aussi devant moi mes résistances, mon envie de réussir, ma peur du ridicule et mon besoin de contrôler.
Autrement dit, je n’y échappe pas à moi-même.
Je me rencontre simplement autrement.
Je ne veux pas abandonner la méditation assise.
Je découvre qu’il existe plusieurs portes pour arriver au même endroit.
Ici.
Bouger pour enfin pouvoir m’arrêter
Je pensais autrefois que méditer consistait notamment à apprendre à ne plus bouger.
Je découvre que, certains jours, j’ai besoin de commencer exactement par l’inverse.
Bouger.
Respirer.
Secouer mon corps.
Marcher.
Danser peut-être.
Laisser mon corps reprendre un peu de place.
Puis m’arrêter.
Et regarder ce qui reste.
Je ne sais pas si je médite mieux.
Mais parfois,
après avoir suffisamment bougé, je suis enfin capable d’être là.