Il existe des moments dans une vie où j’ai cherché désespérément la bonne réponse.
Je suis plus serein et plus détendu qu’il y a six mois, un an ou deux ans. Il n’empêche que j’éprouve encore des inconforts, des agacements face à certaines situations, face aux autres… et forcément face à moi-même, puisque c’est bien en moi que naissent mes pensées.
Que dois-je faire ?
Dois-je agir ou attendre ? Parler ou me taire ? Persévérer ou lâcher prise ? Changer quelque chose ou accepter ce qui est ?
Je cherche alors une décision.
Osho m’invite à déplacer légèrement la question.
Et si, avant de chercher ce que je dois faire, je cherchais à voir clairement ce qui se passe en moi ?
C’est l’une des idées qui traverse Être en pleine conscience – Une présence à la vie. Dès le premier chapitre, intitulé « La compréhension », Osho me conduit progressivement vers une autre manière d’habiter mon existence.
Non plus seulement agir sur la vie, mais apprendre d’abord à la regarder en conscience.
Comprendre avant de vouloir changer
Mon premier réflexe face à une difficulté est souvent de vouloir la supprimer.
Une peur apparaît : je veux ne plus avoir peur.
Une colère surgit : je voudrais la calmer.
Une relation me fait souffrir : je cherche immédiatement la bonne décision.
Mon mental adore les solutions.
Mais je prends rarement le temps de me demander :
Qu’est-ce qui se passe réellement en moi ?
Osho renverse ainsi ma manière habituelle de fonctionner.
Il ne dit pas : ne fais rien.
Il invite plutôt à quelque chose comme :
Ne te précipite pas dans l’action avant d’avoir regardé.
Car une action née de la peur, de la colère ou d’un vieux conditionnement peut être parfaitement rationnelle en apparence… tout en m’éloignant de moi-même.
La première transformation serait donc simplement :
Voir avant de vouloir changer.
Aller à la racine de ma souffrance
Je passe beaucoup de temps à couper les branches de l’arbre.
J’essaie de contrôler ma colère, ma jalousie, mon anxiété, mon besoin de reconnaissance, ma peur de perdre.
Puis une autre branche repousse. Et cela n’en finit plus.
Osho m’invite plutôt à regarder la racine.
Qu’y a-t-il derrière cette colère ? Une peur ?
Derrière cette peur ? Un attachement ?
Derrière cet attachement ? Peut-être une représentation de ce que la vie devrait être.
La conscience commence lorsque je cesse momentanément de combattre ce que je ressens pour devenir capable de l’observer.
Cela ne signifie pas tout accepter passivement.
Cela signifie :
Comprendre avant d’intervenir.
Nous vivons chacun dans notre petit monde
Il y a ensuite une découverte plus dérangeante.
Je pense voir le monde tel qu’il est.
Mais je vois aussi le monde à travers ce que je suis devenu.
Mon enfance, mes réussites, mes échecs, mes blessures, mes amours, mes séparations, mes peurs et mes espérances constituent progressivement une sorte de filtre.
Un silence peut être vécu par l’un comme de la paix et par l’autre comme un abandon.
Une remarque peut sembler anodine à quelqu’un et profondément blessante à quelqu’un d’autre.
L’événement est parfois le même.
Le monde intérieur qui le reçoit ne l’est pas.
Prendre conscience de cela change beaucoup de choses.
Au lieu de penser immédiatement :
« Voilà la réalité. »
Je peux commencer à me demander :
« Quelle part de ce que je ressens appartient à la situation… et quelle part appartient à mon histoire ? »
Cette question crée un espace.
Et dans cet espace apparaît une possibilité nouvelle : ne plus être totalement identifié à ce que je ressens.
C’est une véritable révélation pour moi.
Comme si je n’étais finalement pas totalement responsable de ce que « ma tête » pense et se raconte.
Ma responsabilité commencerait plutôt ici : qu’est-ce que je fais de ce que ma tête pense ?
Je ne choisis pas nécessairement la pensée qui surgit. Mais je peux progressivement apprendre à choisir la place que je lui donne et ce que j’en fais.
Devenir le témoin
C’est probablement ici que se trouve, pour moi, le cœur de l’enseignement d’Osho.
Une pensée apparaît.
Je peux la croire.
Ou je peux la regarder.
Une peur apparaît.
Je peux devenir cette peur.
Ou simplement constater :
« Il y a de la peur en moi. »
La différence semble minuscule.
Elle est immense.
Dans le premier cas :
Je suis ma peur.
Dans le second :
Je suis aussi celui qui observe cette peur.
C’est ce qu’Osho appelle souvent le témoin que l’on retrouve également dans les méditations d’Osho.
Le témoin ne juge pas.
Il n’essaie pas immédiatement de corriger.
Il regarde.
Et progressivement quelque chose se décale : pensées et émotions continuent d’exister, mais elles ne constituent plus la totalité de mon identité.
Whouaa !
Cette idée-là me parle vraiment.
Je peux avoir une pensée sans être cette pensée.
Je peux ressentir une peur sans être cette peur.
Je peux observer ce qui se passe en moi sans devoir immédiatement le résoudre.
Comme le propose Osho, je retrouve alors quelque chose qui ressemble à un centre.
Être centré ne signifie pas être immobile
Il serait facile de confondre cette philosophie avec une forme de passivité.
Ce serait, je crois, une erreur.
Être conscient ne signifie pas ne plus décider.
Cela signifie essayer de discerner d’où vient la décision.
Est-ce ma peur qui décide ?
Mon besoin d’être aimé ?
Mon orgueil ?
Une vieille blessure ?
Mon besoin de contrôler l’avenir ?
Ou quelque chose de plus calme et de plus profond ?
L’action reste nécessaire.
Mais elle peut devenir la conséquence de la conscience plutôt que le réflexe du mental.
Et cette différence peut transformer une existence.
Une autre manière d’aborder mes décisions
Je pourrais donc remplacer momentanément :
« Que dois-je faire ? »
par trois questions :
- Qu’est-ce qui se passe réellement en moi ?
- Puis-je l’observer sans immédiatement le juger ou le combattre ?
- Quelle action apparaît lorsque je retrouve un peu de calme et de présence ?
Il ne s’agit évidemment pas d’une recette permettant de ne plus se tromper.
Je continuerai à hésiter.
Je continuerai parfois à faire de mauvais choix. A oublier de faire un choix.
Mais quelque chose change : j’apprends progressivement à ne plus confier toutes mes décisions à mes automatismes.
Comprendre → Observer → Se désidentifier → Se centrer
Le chemin que je découvre pourrait finalement tenir en quatre mouvements :
Comprendre ce qui se passe.
Observer sans immédiatement intervenir.
Se désidentifier de la pensée ou de l’émotion.
Se centrer avant d’agir.
Et recommencer.
Encore et encore.
Car la conscience n’est probablement pas un état que l’on acquiert définitivement.
C’est une manière de revenir.
Revenir au corps.
Revenir à la respiration.
Revenir à ce qui est.
Revenir à soi.
J’adore ces moments où je capte quelque chose d’utile pour moi. Quelque chose qui me concerne vraiment, qui me bouscule et me fait sortir de mes zones de confort.
Pas une nouvelle théorie à apprendre.
Plutôt quelque chose à essayer de vivre.
Une phrase pour la journée
Il me reste alors une petite phrase que je peux emporter avec moi.
Le matin avant de commencer ma journée.
Au milieu d’une décision difficile.
Dans une relation.
Ou simplement lorsque mon mental recommence à vouloir tout résoudre.
Que je voie clairement,
que je reste présent,
et que l’action naisse de cette conscience.
Peut-être n’ai-je pas toujours besoin de connaître immédiatement la suite.
Peut-être puis-je commencer par être pleinement présent à ce qui est là.
Et laisser ensuite la vie me montrer le prochain pas.
La suite est vivante.