À 63 ans, je ne sais pas où je vais

Et, pour une fois, cela ne m’inquiète pas vraiment.

Pendant une grande partie de ma vie, j’ai su où j’allais. Ou du moins je le croyais.

Il y avait des entreprises à créer, des problèmes à résoudre, des décisions à prendre, des clients à satisfaire, des salariés, des chiffres, des échéances. Il fallait avancer.

J’ai beaucoup travaillé.

J’ai aussi connu plusieurs vies dans une seule.

Les dépendances. Les arrêts. Les recommencements. L’alcool et le tabac laissés derrière moi depuis longtemps. D’autres produits auxquels il a fallu renoncer plus récemment. Des périodes heureuses et d’autres beaucoup moins.

Puis mon entreprise a fait faillite.

Et je me suis aperçu à quel point j’avais fini par confondre deux choses :

ce que je faisais et ce que j’étais.

Quand ce que je faisais s’est écroulé, une partie de moi a cru qu’elle devait s’écrouler avec.

Quand l’entreprise s’arrête

Pendant des années, mon entreprise avait occupé une place considérable dans ma vie.

Elle me donnait des problèmes, mais aussi une fonction.

Une raison de me lever.

Une identité.

Une inquiétude permanente, certainement, mais également le sentiment d’être utile, responsable de quelque chose, engagé dans une direction.

Lorsque tout cela disparaît, il reste une question assez désagréable :

Qui suis-je quand je ne suis plus celui qui fait tout cela ?

Je n’avais pas vraiment préparé la réponse.

Il y a deux ans, j’ai traversé une période pendant laquelle continuer ne me paraissait plus évident. J’ai pensé à en finir.

Je peux l’écrire aujourd’hui parce que cette période appartient à mon histoire, mais qu’elle ne décrit plus l’endroit où je me trouve.

Entre les deux, il s’est passé beaucoup de choses.

Pas de révélation spectaculaire.

Pas de matin miraculeux où tout serait soudain redevenu simple.

Plutôt une succession de petits déplacements.

Se sevrer, encore

Je connaissais déjà le sevrage.

Après l’alcool et le tabac, il y a eu cette fois les antidépresseurs, les anxiolytiques, les antidouleurs et différents médicaments qui avaient fini par prendre leur place dans ma vie.

J’ai arrêté.

Et il a fallu, une nouvelle fois, découvrir ce qui restait lorsque certaines béquilles disparaissaient.

Je ne raconte pas cela comme une méthode et encore moins comme une recommandation médicale. C’est simplement mon histoire.

Une histoire étrange, finalement : avoir déjà dû apprendre autrefois à vivre sans certains produits, puis devoir recommencer trente ans plus tard sous une autre forme.

Je pensais peut-être avoir terminé certaines batailles.

Manifestement, la vie avait conservé quelques exercices pour moi.

Quelque chose est revenu

Progressivement, pourtant, quelque chose est revenu.

Je ne saurais pas donner la date.

Ce n’était pas le bonheur, ni la joie.

Ce n’était même pas immédiatement l’envie de faire des projets.

C’était plus simple.

La curiosité.

L’envie de comprendre.

D’essayer.

De sentir.

De découvrir ce dont mon corps était encore capable.

De rencontrer des gens que je n’aurais probablement jamais rencontrés auparavant.

De regarder autrement le désir, la relation, le toucher, la sexualité, la solitude, le vieillissement.

Et de me demander ce que pouvait encore devenir ma vie.

À 63 ans.

Je n’ai pas envie de redevenir jeune

C’est une distinction importante.

Je n’ai pas particulièrement envie d’avoir à nouveau quarante ans.

Mon corps a changé.

Il commence à m’envoyer quelques courriers auxquels je n’étais pas habitué.

Certaines choses fonctionnent différemment.

L’énergie n’est pas toujours la même.

La sexualité elle-même ne répond plus nécessairement aux vieux scénarios de la performance masculine.

Mais pourquoi considérer cela uniquement comme une dégradation ?

Et si c’était aussi l’occasion d’apprendre autre chose ?

De ralentir.

De mieux sentir.

De recevoir.

D’être touché.

De découvrir une sensualité moins mécanique.

D’apprendre à être présent plutôt qu’efficace.

Voilà notamment comment le Tantra est arrivé dans mon paysage.

Le Tantra, mais pas seulement

Je n’ai pas l’intention de devenir ici un professeur de Tantra.

Je n’en ai ni l’expérience ni l’envie aujourd’hui.

Je veux comprendre.

Lire.

Rencontrer des personnes qui pratiquent depuis longtemps.

Participer à des stages.

Recevoir des massages tantriques auprès de praticiens différents.

Apprendre le massage.

Observer ce qui se passe dans mon corps lorsque je suis massé et lorsque je masse.

M’intéresser à la respiration, au toucher, à la méditation, au désir et aux relations humaines.

Je veux aussi conserver le droit de ne pas croire tout ce que l’on me raconte.

Le vocabulaire de l’énergie m’intéresse, mais m’interroge.

J’observe parfois qu’en posant mes mains sur quelqu’un, quelque chose semble s’apaiser. Je ne sais pas exactement pourquoi.

Plutôt que d’inventer une réponse, j’ai envie d’explorer la question.

C’est un peu le principe de ce site.

Je ne sais pas où cela va me conduire

Peut-être suivrai-je une école de massage.

C’est même probable.

Peut-être deviendrai-je un jour co-facilitateur dans des stages.

Peut-être aurai-je envie de faciliter moi-même.

Peut-être qu’une autre voie apparaîtra.

Peut-être aussi que certaines expériences qui m’attirent aujourd’hui me décevront.

Je ne veux pas écrire la fin avant d’avoir vécu le milieu.

Pendant longtemps, j’ai fonctionné avec des objectifs, des budgets, des échéanciers et des plans d’action.

Cette fois, je vais essayer quelque chose d’un peu différent.

Avancer sans connaître précisément la destination.

La suite est vivante

Voilà pourquoi ce site existe.

Pas pour expliquer aux autres comment ils doivent vivre.

Pas pour raconter qu’il suffirait de respirer, de méditer ou de suivre un stage de Tantra pour régler ce qui ne va pas.

Et certainement pas pour prétendre qu’à 63 ans une nouvelle vie commencerait miraculeusement.

Je vais essayer.

Me tromper probablement.

Apprendre.

Rencontrer.

Ressentir.

Lire.

Douter.

Et raconter.

Je ne sais pas où je vais.

C’est précisément ce qui m’intéresse.