À 63 ans, mon corps n’est plus celui de 40 ans. Et alors ?

À 63 ans, il devient difficile pour moi de faire semblant.

Mon corps n’est plus celui de mes 40 ans.

Je récupère moins vite. Je me sens parfois plus raide. Mon énergie n’est pas toujours disponible au moment où je le voudrais. Je ne peux plus demander à mon corps exactement les mêmes choses qu’autrefois sans en sentir les conséquences.

Je pourrais vivre tout cela uniquement comme une perte.

Je pourrais passer mon temps à comparer.

Mais j’essaie aujourd’hui de poser la question autrement.

Et alors ?

Mon corps se rappelle davantage à moi

Pendant longtemps, j’ai pu vivre sans beaucoup penser à mon corps.

Je lui demandais de travailler, de porter, de bouger, de résister, de faire du sport, de faire l’amour, de récupérer.

Tant qu’il suivait, je ne m’interrogeais pas beaucoup.

Aujourd’hui, je l’entends davantage.

Une tension.
Une fatigue.
Une raideur.
Un sommeil moins réparateur certains jours.
Une énergie qui fluctue.

Je pourrais considérer chacun de ces signes comme une mauvaise nouvelle. Il y a quelques mois, je pestais…

J’essaie plutôt maintenant de les entendre comme des informations.
Mon corps me parle davantage qu’avant.

La vraie question est peut-être de savoir si j’ai envie de l’écouter.

Je ne veux pas passer les prochaines années à essayer d’avoir 40 ans

Je peux facilement tomber dans la comparaison.

Suis-je encore aussi fort ?
Aussi souple ?
Aussi endurant ?

Est-ce que mon corps est encore séduisant ?
Est-ce que je peux toujours faire ce que je faisais auparavant ?

Je connais déjà la réponse à certaines de ces questions.

Non.
Pas toujours.

Et ce n’est probablement pas très grave.
Et Dieu sait si ça à pu me torturer encore l’an dernier.
Maintenant, j’arrive à temporiser.

Si je passe les vingt prochaines années à comparer mon corps à celui que j’avais à 40 ans, je sais déjà que je vais perdre.

Je préfère essayer de déplacer la question.

Je ne cherche plus seulement à savoir comment ralentir le vieillissement de mon corps.

J’essaie plutôt de comprendre :
comment puis-je habiter pleinement le corps que j’ai aujourd’hui ?

Cette question m’intéresse beaucoup plus.

Accepter mon âge ne signifie pas renoncer

J’ai parfois du mal avec le mot « accepter ».
Il peut donner l’impression qu’il faudrait baisser les bras.

Vieillir serait alors quelque chose qu’il faudrait subir avec dignité.
Ce n’est pas ce que je cherche.

Je veux continuer à prendre soin de mon corps.
Je veux continuer le yoga, même si ma pratique change.
Je veux continuer à faire du vélo, même si j’en fait moins, moins longtemps et en forçant moins.

À bouger.
À entretenir ma mobilité.
À préserver autant que possible ma force et mon énergie.

Mais je veux essayer de le faire sans me battre en permanence contre mon âge.

Je commence à percevoir une différence entre prendre soin du corps que j’ai et vouloir à tout prix conserver celui que j’avais.

Je crois que c’est cette différence que j’ai besoin d’apprendre.

Je dois aussi faire avec mon propre regard

Il y a évidemment le miroir.
Et les photographies.

Certaines sont plus convaincantes que d’autres.

Il m’arrive de regarder une photo et de constater un décalage entre l’image intérieure que je conserve de moi-même et celle que je vois.

Mon visage change.
Ma peau change.
Ma silhouette aussi.

Je pourrais prétendre que cela ne me touche pas.
Ce serait faux.

Je dois moi aussi faire le deuil d’une certaine image de moi.

Et cela m’amène à une question que je trouve finalement assez profonde :
si je ne peux plus construire mon rapport à moi-même sur la jeunesse, sur quoi vais-je le construire ?

Je n’ai pas encore complètement la réponse.

Mon désir, lui aussi, mérite que je m’y intéresse

Mon corps qui vieillit n’est pas seulement un corps qui marche, travaille ou fait du sport.
C’est aussi un corps de désir.

Je continue à être sensible à une présence, à un regard, à une peau, à un toucher.
Je continue à avoir besoin de sensualité.

Et je n’ai aucune envie de considérer que ces choses devraient progressivement disparaître simplement parce que j’ai passé 60 ans.

En revanche, je sens bien que ma manière de vivre le désir peut évoluer.

Et cela m’intéresse.

Je ne cherche pas à retrouver les sensations de mes vingt ans.
Je veux découvrir celles qui sont possibles aujourd’hui.

Je crois qu’une partie de mon intérêt actuel pour le Tantra, le massage et le toucher vient de là.

Je cherche peut-être moins à retrouver quelque chose qu’à
découvrir quelque chose de nouveau avec le corps que j’ai maintenant.

J’ai beaucoup appris à faire

Pendant une grande partie de ma vie, j’ai appris à agir.

À travailler.
À décider.
À résoudre.
À prendre en charge.
À produire.
À avancer.

A « faire » l’amour.

Je retrouve cette logique jusque dans la manière dont j’ai parfois vécu mon corps et ma sexualité.

Faire.

Être capable.

Savoir quoi faire.

Donner.

Être performant.

Et je commence à me demander si mon âge ne m’invite pas à explorer autre chose.
Peut-être moins « faire ».
Peut-être davantage sentir.
Prendre mon temps.
Recevoir.

Être touché sans avoir immédiatement quelque chose à accomplir.
Rester avec une sensation plutôt que chercher son résultat.

Cela paraît simple en l’écrivant.

Je ne suis pas certain que cela le soit pour moi.
C’est précisément pour cela que j’ai envie de l’explorer.

Mon corps n’est pas un problème à résoudre

Cette phrase me parle :

mon corps n’est pas un problème à résoudre.

Il est l’endroit depuis lequel je vais vivre toutes les années qui viennent.

Je peux lui reprocher de ne plus être celui d’avant.
Je peux l’ignorer.
Je peux lutter contre lui.

Ou je peux essayer d’apprendre à vivre davantage avec lui.

Cela ne signifie pas que je vais me réjouir de chaque douleur ou de chaque limitation.
Je n’ai pas envie de transformer le vieillissement en jolie philosophie.

Il y aura certainement des frustrations.
Des peurs.
Des pertes.
Des choses que je pourrai moins faire.
Mais peut-être aussi une relation différente à mon propre corps.

Moins exigeante.
Moins conquérante.
Plus attentive.

Et peut-être plus intime.

Ce que j’aimerais préserver

Je ne sais pas si je veux « rester jeune ».
Cette expression me parle de moins en moins.

En revanche, je veux essayer de rester curieux.
Je veux continuer à apprendre.

À bouger.
À rencontrer.
À être surpris.
À être touché.
À désirer.
À rire.
A aimer.

À essayer parfois quelque chose que je n’aurais jamais imaginé faire quelques années auparavant.

Je veux prendre soin de ce corps sans oublier qu’il est provisoire.

Cette idée pourrait être triste.
Curieusement, elle peut aussi rendre les choses plus précieuses.

À 63 ans, mon corps n’est plus celui de mes 40 ans.

Je commence à réellement l’accepter.

Maintenant, j’ai surtout envie de découvrir
ce que ce corps-là peut encore me permettre de vivre et m’apprendre.

Et cette question m’intéresse beaucoup plus que de savoir comment retrouver celui d’avant.