Qu’est-ce qui fait qu’un massage devient tantrique ?

Pendant longtemps, le mot massage évoquait pour moi quelque chose d’assez simple.

Détendre.
Soulager.
Faire du bien.

Dans une relation amoureuse, il pouvait aussi devenir sensuel.

Une main reste un peu plus longtemps.
Le toucher change.
Le désir apparaît.

Et le massage devient facilement le début d’autre chose.

Puis j’ai rencontré cette expression :
massage tantrique.

Au début, j’ai peut-être cherché ce qui le distinguait dans ce que je pouvais voir.

La lenteur ?
La nudité ?
L’huile ?
La sensualité ?

Le massage de tout le corps ?
Les parties sexuelles ?

Les bougies ?
La respiration ?

Mais plus j’en fais l’expérience, moins une réponse fondée sur les gestes me paraît suffisante.

Alors :
qu’est-ce qui fait réellement qu’un massage devient tantrique ?

Je n’ai évidemment pas une définition universelle.

Je peux seulement essayer de comprendre ce que ce mot signifie dans le Tantra que je découvre aujourd’hui.

Ce n’est pas la nudité

C’est peut-être la première confusion possible.

Certains massages tantriques peuvent se pratiquer nus.

Le receveur.
Le masseur.
Parfois les deux.

Mais en tant que naturiste, je sais déjà qu’être nu ne suffit pas à rendre une situation sexuelle.

Encore moins tantrique.

Je peux être entouré de personnes nues et ne ressentir aucune intimité particulière.

La nudité peut néanmoins changer quelque chose dans un massage.

Elle expose.
Elle enlève certaines barrières.
Elle peut rendre plus vulnérable.
Elle donne accès au corps autrement.

Être nu sur la plage, dans un camp naturiste ou au Tantra n’est pas tout à fait la même chose pour moi.
Dans le Tantra, la nudité m’engage davantage que dans le naturisme. Elle ne consiste pas seulement à montrer mon corps, mais à accepter parfois le regard, la proximité, le toucher et une certaine vulnérabilité.

Cela m’amène aussi à m’interroger sur mon rapport au désir, au vieillissement, à l’intimité et à la confiance : puis-je être vu tel que je suis, sans avoir à séduire ni à performer ?

Mais la nudité n’est qu’une possibilité.

Elle ne définit pas à elle seule la rencontre.

Ce n’est pas parce que tout le corps est touché

J’ai également pu associer le massage tantrique à l’idée d’un corps massé dans son ensemble.

Sans découpage entre les parties « nobles » et celles qui seraient honteuses.

Le ventre.
Les fesses.
Les seins.
Les organes sexuels éventuellement.

Mais là encore, quelque chose me gêne dans une définition aussi simple.

On peut toucher un sexe de manière médicale.

Mécanique.
Sexuelle.
Érotique.
Attentionnée.
Respectueuse.

Ou parfaitement absente.

La zone touchée ne dit donc pas, à elle seule, ce qui est en train de se vivre.

Et surtout :
toucher davantage ne signifie pas nécessairement rencontrer davantage.

Ce n’est pas non plus la lenteur

Le ralentissement a pris beaucoup de place dans les expériences que je découvre.

Et je comprends pourquoi.

Il laisse du temps au corps.

À la sensation.
À la respiration.
À ce qui apparaît.

Mais j’ai déjà découvert ailleurs qu’un geste très lent peut être parfaitement automatique.

Je peux masser lentement et penser à autre chose.

La lenteur peut aider. Elle ne suffit pas.

De la même manière, la présence dans le toucher me paraît essentielle, mais elle n’est pas propre au Tantra.

Un excellent massage de bien-être peut être profondément présent.

Une main posée avec attention peut être bouleversante sans avoir quoi que ce soit de tantrique.

Et, inversement, un massage présenté comme tantrique pourrait très bien manquer totalement de présence.

J’ai donc besoin de chercher ailleurs.

Peut-être que le massage commence avant le massage

Dans plusieurs expériences que j’ai vécues, quelque chose commence avant que les mains ne se posent.

Il y a un cadre.

Parfois un temps de parole.

Un regard.
Une respiration.
Une manière de se préparer.

De dire ce que l’on souhaite.
Ce que l’on ne souhaite pas.
De préciser les limites.

Parfois un rituel.

Dans les stages auxquels j’ai participé, le massage peut être précédé d’un rituel.

Nous nous saluons avec attention et respect. Dans certains cadres, nous honorons aussi ce que le rituel nomme le féminin et le masculin divins.

Il peut également y avoir un rituel de déshabillage : chacun enlève alternativement un vêtement, en restant dans le regard de l’autre.

Ce n’est évidemment pas indispensable à tout massage que l’on appelle tantrique. Mais je comprends progressivement ce que ce passage change pour moi : je n’entre pas directement dans le faire.

Nous évoquons systématiquement avant stage ou pratiques qu’aucune pénétration ne sera proposée et que le consentement peut être réactualisé à n’importe quel moment.

Cela me procure de fait une sérénité dans ma posture. je sais que mes limites peuvent être exprimées et doivent être respectées, je m’engage de mon côté à respecter l’autre.

Le massage que j’ai reçu de Christophe Brissard a démarré bien avant que je m’installe sur le matelas.

Nous avons eu un échange sur le protocole, le consentement et ses limites ainsi que sur mes expériences en massage et sur mes attentes.
Avant de se m’installer, nous avons également créé une bulle d’intimité tantrique avec salut et reconnaissance.

Cet instant ritualise et sacralise le massage qui peut alors s’exprimer bien différemment d’un massage bien-être.

Je découvre alors quelque chose qui me paraît important :
le massage ne commence peut-être pas lorsque la main touche la peau.

Il commence dans la manière dont deux personnes décident d’entrer dans cette rencontre.

Le consentement n’est pas un ticket d’entrée

Dans ce cadre, le consentement prend une place particulière.

Il serait facile de penser : « Nous avons dit oui au massage. »
Donc : tout le corps est désormais accessible.

Je découvre plutôt l’inverse.

Dire oui au massage ne signifie pas rendre tout mon corps disponible.

Mon corps reste le mien.

Une zone peut être disponible.
Une autre non.
Je peux dire oui.
Puis changer d’avis.

Demander de ralentir.
D’arrêter.
De ne pas toucher ici.

Lors du dernier stage autogéré aux Bouvées, il m’a été explicitement demandé d’arrêter le massage tel que je le pratiquais et d’essayer une autre façon de le donner.

J’ai été brièvement dérouté. Mais c’est précisément ce qu’un consentement vivant demande de moi : écouter ce qui m’est dit et modifier ma manière de toucher.

Le consentement n’est donc peut-être pas seulement quelque chose que l’on obtient avant.

Il reste vivant pendant toute l’expérience.

Et cette manière de considérer le corps de l’autre change déjà profondément la nature du massage.

Ne plus avoir forcément de destination

C’est probablement l’une des choses qui m’a le plus interrogé.

J’avais longtemps connu un chemin assez familier.

Massage.
Sensualité.
Excitation.
Sexualité.
Orgasme.

La succession pouvait sembler naturelle. Presque évidente.
Puis j’ai découvert qu’un massage pouvait rester simplement…
un massage.

Même lorsqu’il devient sensuel.

Même lorsqu’une excitation apparaît.

Même lorsqu’un pénis se dresse.

Même lorsqu’un corps frissonne.

Il n’y a pas nécessairement besoin d’aller quelque part.

J’ai eu l’occasion, lors de ce dernier stage, de masser une femme dont le corps correspondait fortement à mes critères de beauté.
Cette situation m’avait jusque-là un peu inquiété.

Que se passerait-il si mon désir prenait toute la place ?

J’ai essayé de revenir simplement à ce que je faisais.

À ma respiration.
À mes mains.
À son corps sous mes mains.
Au rythme du massage.

Et lorsque mon mental partait ailleurs, de revenir là.

Cette idée a changé beaucoup de choses pour moi.

Le massage cesse d’être seulement un préliminaire. Il n’est plus nécessairement un chemin vers la sexualité.

Il peut devenir l’expérience elle-même.

La sensualité n’a pas besoin de disparaître

Cela ne signifie pas qu’il faille rendre le massage neutre.

La peau est sensible.
Le toucher peut être délicieux.
Un corps peut me plaire.

Du désir peut apparaître.
De l’excitation aussi.

Je n’ai pas besoin de prétendre que tout cela n’existe pas pour rendre l’expérience « plus spirituelle ».

Mais je découvre progressivement une distinction importante.

La sensualité peut exister sans devenir automatiquement sexuelle.

Et une excitation sexuelle peut exister sans créer automatiquement un programme.

Lors de ce massage, je n’oublie pas le plaisir que j’ai ressenti et celui que j’ai eu le sentiment de donner. Une grande sensualité était présente.
Mais elle n’avait pas besoin de conduire ailleurs.

Au moment où nous nous sommes remerciés, j’ai ressenti beaucoup de respect pour ce qui venait de se vivre.

Elle avait accepté mon toucher.
J’avais pu lui offrir mes mains.
C’était un beau moment.

Le désir peut être là.

Mais il n’est pas obligé de prendre le volant.

La présence compte, mais elle ne définit pas tout

J’accorde aujourd’hui beaucoup d’importance à la présence dans le toucher.

J’essaie même de comprendre ce qui distingue un geste techniquement réussi d’un geste réellement habité.

Mais je ne crois plus que la présence suffise à définir un massage tantrique.
Elle est plutôt une condition de qualité.

Quelque chose qui change la manière dont tous les autres éléments sont vécus.

Le consentement peut être appliqué mécaniquement ou réellement écouté.

La lenteur peut être jouée ou habitée.

Un rituel peut être décoratif ou marquer réellement un passage.

Une main peut toucher une zone intime comme une technique…

ou rencontrer quelqu’un.

Ici, la présence me semble moins définir le Tantra que permettre aux autres dimensions du massage d’être réellement vécues.

La respiration devient une partie de l’expérience

La respiration occupe aussi une place nouvelle dans ce que je découvre.

Pas seulement comme méthode pour me détendre. Elle devient parfois une manière de rester en contact avec ce que je vis.

Ma respiration.
Celle de l’autre.
Leurs variations.

Parfois leur rapprochement.

Je peux sentir mon corps se contracter.
Se calmer.

S’ouvrir davantage aux sensations.

Ma première expérience marquante de cette respiration n’a d’ailleurs pas eu lieu pendant un massage.

C’était avec Pascale, lors d’une structure en cuillère… Je n’avais alors aucune expérience avec le Tantra.
Peu à peu, nos respirations se sont rapprochées jusqu’à se synchroniser.

Je n’avais rien cherché à provoquer. Et pourtant quelque chose dans ma manière d’être là avait changé.

Je ne dirais pas que respirer rend un massage tantrique.

Mais la respiration peut transformer le massage en expérience vécue de l’intérieur, et pas seulement en succession de gestes reçus.

Donner et recevoir deviennent moins simples

Dans un massage classique, je peux facilement imaginer :
l’un donne ;
l’autre reçoit.

Mais dans certaines expériences tantriques, cette distinction commence à devenir moins nette pour moi.

Lorsque je masse, je reçois aussi.

Une respiration.
Une chaleur.
Une réaction.

La présence d’un autre être humain sous mes mains.

Lorsque je suis massé, je ne suis pas seulement passif.

Je ressens.
Je respire.
Je peux parler.
Demander.

Dire oui.
Dire non.

Quelque chose circule entre les deux places.

Le massage devient moins :
quelque chose que je fais à quelqu’un

Le sacré change-t-il le massage ?

Le mot « sacré » apparaît souvent dans ces expériences.

J’ai longtemps associé ce terme à la religion ou à quelque chose de solennel. Aujourd’hui, je commence à le comprendre plus simplement.

Créer un espace différent.
Prendre le temps.
Ne pas traiter ce moment comme quelque chose d’ordinaire ou d’utilitaire.

Se rappeler que le corps devant moi n’est pas un objet à utiliser.

Cette notion du sacré dans le Tantra a aussi beaucoup changé la manière dont je regarde le corps féminin et la femme qui est devant moi.

Le sacré n’est donc peut-être pas un ingrédient obligatoire du massage tantrique.

Mais il peut modifier l’intention avec laquelle j’entre dans la rencontre.

Et cette fameuse « énergie » ?

Il reste un mot.

Énergie.

Je le rencontre souvent.

Énergie sexuelle.
Circulation.
Montée.
Diffusion.

Je reste prudent.

Parce que je ne sais pas toujours ce que ces mots désignent réellement. Mais je ressens certaines choses.

De la chaleur.
Des frissons.
Des contractions involontaires.

Des changements de respiration.

Une excitation qui semble parfois moins concentrée dans les organes sexuels et davantage se diffuser dans le corps.

Est-ce cela que certains appellent énergie ?
Peut-être.

Je n’ai pas besoin aujourd’hui de décider.

Je peux simplement constater :
quelque chose se passe dans mon corps lorsque je ralentis suffisamment pour le sentir.

Un massage tantrique doit-il être érotique ?

La question mérite probablement d’être posée clairement.

Parce que l’expression « massage tantrique » est facilement associée au massage érotique.

Et je comprends pourquoi.

Le corps entier peut être accueilli.
La sensualité n’est pas nécessairement exclue.
La sexualité peut être évoquée.
L’excitation peut apparaître.

Mais dans ce que je découvre, l’érotisme ne suffit pas davantage à définir le massage tantrique que la nudité.

Un massage peut être très érotique sans avoir de dimension tantrique particulière.

Et un massage tantrique peut peut-être être profondément intense sans chercher à produire une excitation sexuelle.

J’ai connu, dans les stages autogérés, des massages franchement érotiques. Donnés ou reçus. Mes mains parcourent un corps sensible. Je reçois des caresses que mon corps apprécie.

Cela peut être très beau. Très sensuel. Très excitant.

Mais l’érotisme, à lui seul, ne me dit toujours pas si ce que je vis est tantrique.

C’est peut-être précisément cette absence d’objectif imposé qui change quelque chose.

Alors, quels sont les « ingrédients » ?

Je pourrais être tenté de faire une liste.

Nudité.
Lenteur.
Présence.

Respiration.
Sensualité.

Consentement.
Rituel.
Corps entier.

Mais je pourrais probablement réunir tous ces éléments et malgré tout passer à côté de quelque chose.

C’est peut-être là que ma question évolue.

Ce n’est pas un geste qui rendrait le massage tantrique.

Ce n’est pas une zone du corps.
Ce n’est pas la nudité.
Ce n’est pas une vitesse.
Ce n’est même pas la présence seule.

C’est peut-être davantage la manière dont tout cela s’organise autour d’une certaine qualité de rencontre.

Une rencontre où le corps n’est pas un moyen.

Où le consentement reste vivant.
Où le plaisir peut exister sans obligation.
Où le désir peut apparaître sans devoir être satisfait.

Où je peux être touché sans avoir à réussir quelque chose.
Où celui qui masse n’a pas besoin de produire un résultat.

Et où, pendant un moment, le corps peut simplement être accueilli.

Ce que j’appelle aujourd’hui un massage tantrique

Je reste prudent avec cette définition.

Je ne connais ni toutes les écoles ni toutes les pratiques.

Et ce que l’on nomme aujourd’hui « massage tantrique » peut recouvrir des approches très différentes. Je peux seulement parler de celui que je rencontre.

Pour moi aujourd’hui, un massage commence peut-être à devenir tantrique lorsque l’expérience cesse d’être seulement :
faire quelque chose au corps de quelqu’un
et devient davantage :
rencontrer quelqu’un à travers son corps.

Lorsque le cadre compte autant que le geste.
Lorsque le consentement ne disparaît pas une fois le massage commencé.

Lorsque la sensualité peut exister sans obligation de suite.
Lorsque le désir n’est ni nié ni nécessairement satisfait.
Lorsque le corps entier peut être accueilli sans être utilisé.

Lorsque le plaisir n’est pas une performance.
Et lorsque la présence permet à tout cela d’être réellement vécu.

Je ne sais pas encore si c’est la définition du massage tantrique.

Je sais seulement que c’est celle qui commence à se dessiner pour moi.

Et maintenant ?

Plus j’explore le massage tantrique, plus une chose me paraît paradoxale.

J’ai envie d’apprendre davantage de techniques. Et en même temps, je découvre qu’aucune technique ne semble suffire à expliquer ce que je cherche.

Cela ne diminue pas mon envie d’apprendre.
Au contraire.

Mais peut-être que mes questions changent.

Je veux toujours demander aux masseurs expérimentés :
« Comment faites-vous ? »

Mais j’ai maintenant envie de leur demander aussi :
« Qu’est-ce qui, pour vous, fait que ce massage devient tantrique ? »

Je soupçonne que les réponses seront différentes.

Et peut-être qu’elles me permettront de préciser la mienne.