Quand même le médicament ne rassure plus : vivre avec une érection devenue imprévisible

Vieillir sexuellement — EPISODE 3


Dans les deux premiers articles de cette série, je racontais deux transformations de ma sexualité.

La première avait été assez progressive : l’érection, jusque-là évidente, était devenue moins certaine.
Viagra, puis Cialis, avaient permis de compenser cette fragilité et, pendant un temps, de retrouver une sexualité assez proche de celle que je connaissais.

La deuxième transformation était arrivée après une opération pour un adénome de la prostate.
L’éjaculation avait disparu sous sa forme habituelle. L’orgasme était toujours possible, mais il était devenu différent.

J’avais commencé à comprendre que le désir, l’érection, l’orgasme et l’éjaculation n’étaient pas cette seule et même chose que j’avais imaginée pendant une grande partie de ma vie sexuelle.

Malgré tout, un équilibre s’était installé. Je savais que mon corps avait changé. Je savais qu’il fallait désormais souvent anticiper une relation sexuelle et prendre un médicament.

Mais j’avais une solution.
Et cette solution fonctionnait. Jusqu’au moment où elle n’a plus fonctionné aussi bien.

Pas brutalement.

Pas du jour au lendemain.

C’est peut-être cela qui rend cette troisième étape particulièrement troublante.

Le médicament n’arrête pas forcément de fonctionner.

Il cesse de garantir que cela fonctionnera.

Et cette nuance change énormément de choses.

Quand le comprimé ne suffit plus à faire disparaître la question

Pendant une période assez longue, prendre Viagra ou Cialis avait une fonction qui dépassait largement l’effet physiologique.

Le médicament m’apportait de la sécurité.

Je pouvais me dire :
« J’ai pris ce qu’il fallait. Maintenant, je peux ne plus y penser. »

Cette confiance était presque aussi importante que l’effet sur l’érection elle-même. Elle me permettait de revenir vers la femme.

Vers le désir.
Vers les sensations.
Vers le plaisir.

Puis, progressivement, j’ai commencé à constater que cette équation n’était plus aussi simple.

Le comprimé était pris. L’envie était là. L’excitation aussi.

Mais l’érection pouvait être moins ferme.
Ou mettre longtemps à venir.
Ou être suffisante au début, puis diminuer.

Parfois, elle permettait une pénétration mais devenait instable.
Parfois tout fonctionnait très bien.
Et parfois presque pas.

C’est probablement cela qui est devenu le plus difficile à apprivoiser :
ne plus savoir.

Avant, il y avait la panne. Maintenant, il y a l’incertitude

Une absence complète d’érection est évidemment difficile.

Mais une érection imprévisible possède une difficulté particulière.

Parce qu’elle maintient l’espoir.

Je sais que mon corps en est encore capable.
La semaine précédente, tout a fonctionné.

Alors pourquoi pas aujourd’hui ?

Peut-être faut-il attendre un peu.
Peut-être davantage de caresses.
Peut-être changer de position.
Peut-être me détendre.
Peut-être ne surtout pas y penser.

Et précisément, à force de vouloir ne pas y penser…

je ne pense plus qu’à cela.

Une relation sexuelle peut alors se transformer progressivement en surveillance permanente de mon propre pénis.

Est-ce que ça monte ?

Est-ce suffisamment dur ?

Est-ce que ça tient ?

Est-ce le moment de pénétrer ?

Est-ce que je vais perdre mon érection si j’attends encore ?

Mon corps, qui autrefois accompagnait simplement ma sexualité, devient presque un troisième personnage dans le lit.

Il faut maintenant composer avec lui.

« Dépêche-toi, ça fonctionne »

Cette situation finissait parfois par m’amener à prendre presque rendez-vous avec ma compagne.

Une date.
Un horaire.

Il fallait prévoir la prise du médicament, attendre qu’il fasse effet et essayer de réunir les bonnes conditions.

Et lorsque nous nous retrouvions enfin dans le lit, j’avais parfois l’impression que nous étions trois :
elle, moi et mon sexe… quand celui-ci voulait bien se joindre à nous.

Il occupait une place considérable.

Était-il suffisamment dur ?
Ou trop rigide ?
Allait-il le rester ?
Fallait-il en profiter tout de suite ?

Au lieu d’être simplement avec elle, une partie de moi restait occupée à surveiller ce troisième personnage.

Il existe alors une situation que je trouve particulièrement révélatrice.

Une bonne érection arrive enfin.
Et au lieu de simplement l’apprécier, une pensée surgit :
« Il faut en profiter maintenant. »

Il faudrait pénétrer avant qu’elle ne disparaisse.

Éviter une interruption.
Ne pas trop changer de position.
Ne pas laisser retomber l’excitation.

Le temps de la sexualité commence alors à suivre le temps de mon érection.

Cette situation me conduisait à prendre rendez-vous avec ma compagne à une date et un horaire précis. Mais nous étions alors 3 dans le lit. Elle, moi et mon sexe…

Et ce n’est pas forcément le même que celui de mon désir. Ni celui de la femme avec laquelle je suis.
Cela peut conduire à quelque chose d’assez paradoxal.

Alors qu’avec l’âge j’aurais pu découvrir davantage de lenteur, de sensualité et d’attention au corps, je peux au contraire me retrouver pressé par une urgence nouvelle :
maintenir cette érection suffisamment longtemps pour réussir le rapport.

Le médicament devait précisément me libérer de cette préoccupation.

Lorsque son efficacité devient moins prévisible, elle revient au premier plan.

Quand faire l’amour commence à ressembler à réussir quelque chose

C’est probablement à cette étape que le mot performance prend pour moi tout son sens.

Je ne parle même pas de vouloir être un amant extraordinaire.

La performance peut devenir beaucoup plus rudimentaire :
réussir à avoir une érection suffisamment ferme pour pénétrer.

Ce qui était autrefois une conséquence assez naturelle de l’excitation devient progressivement un objectif.

Et avec l’objectif arrive la possibilité de l’échec.

Une soirée intime peut alors être rangée mentalement dans deux catégories :
« Ça a marché. »
Ou :
« Ça n’a pas marché. »

C’est une manière assez brutale de regarder une rencontre.

Je peux avoir désiré.
Embrassé.
Caressé.

Ressenti énormément de plaisir.
Donné du plaisir.
Peut-être même eu un orgasme.

Et malgré tout classer intérieurement la rencontre comme un échec parce qu’une seule question a fini par prendre toute la place :
mon pénis était-il suffisamment dur ?

Je crois que beaucoup de choses commencent à se jouer à cet endroit.

L’érection devient un verdict

Pendant longtemps, mon érection avait été une conséquence de mon désir.

Elle peut maintenant devenir une sorte de verdict sur celui-ci.

Si je bande, tout va bien.
Si je ne bande pas suffisamment, quelque chose ne va pas.

Et très rapidement, le jugement peut dépasser le fonctionnement sexuel.

« Je ne suis plus capable. »

Puis parfois :
« Je ne suis plus vraiment un homme comme avant. »
Ou :
« Qu’est-ce qu’une femme va penser de moi ? »

Je peux très bien savoir qu’un trouble érectile devient plus fréquent avec l’âge et continuer à ressentir une blessure lorsqu’il m’arrive à moi.

La connaissance n’abolit pas nécessairement la honte.

Le regard de l’autre devient plus difficile

Lorsque mon érection devient incertaine, la femme avec laquelle je suis prend parfois une place nouvelle dans mon inquiétude.

Pas nécessairement parce qu’elle me juge.

Mais parce que j’imagine son jugement.

Est-ce qu’elle croit que je ne la désire pas ?
Est-ce qu’elle est déçue ?
Est-ce qu’elle a connu des hommes avec lesquels cela fonctionnait beaucoup mieux ?

Est-ce qu’elle va penser que je suis trop vieux ?
Est-ce qu’elle voudra encore faire l’amour avec moi ?

Elle peut n’avoir rien dit de tout cela.

Je peux parfaitement imaginer son jugement à sa place.

Et me voilà regardant mon propre sexe à travers un regard qui n’est peut-être même pas le sien.

C’est une manière très efficace de quitter mes sensations pour entrer complètement dans ma tête.

Je me rends compte aussi que nous ne mettions pas forcément la magie au même endroit.

Pour moi, dans ces moments-là, la magie pouvait devenir très concrète :

voir mon sexe se dresser.

Le voilà.

Ça fonctionne.

Je peux faire l’amour.

Alors que chez elle, la magie semblait être ailleurs.

Elle employait une expression qui m’a marqué :
« être en amour ».

Être ensemble.
Dans la proximité.
Le désir.
Le toucher.

La tendresse.
La sensualité.

Et peut-être que mon érection n’occupait pas, pour elle, la place immense que je lui donnais moi-même.

La magie chez moi était de voir apparaître une érection.
J’avais le sentiment que, pour elle, la magie était davantage dans ce qu’elle appelait « être en amour ».

Il y avait là un décalage que je n’avais probablement pas encore complètement compris.

« Pourtant, je te désire »

C’est probablement l’une des contradictions les plus difficiles de cette période.

Je peux désirer profondément une femme. Avoir envie de son corps.
Être troublé par sa proximité.

Aimer l’embrasser.
Avoir envie de la toucher.

Et mon pénis peut malgré tout ne pas traduire ce désir de manière fiable.

J’avais déjà commencé à comprendre que mon désir était plus vaste que mon érection.

Mais le comprendre intellectuellement et le vivre face à une femme sont deux choses très différentes.

Dire :
« Je te désire énormément, mais mon érection ne le montre pas forcément »

reste une phrase profondément vulnérable.

Elle m’oblige à ne plus utiliser mon pénis comme preuve de mon désir.

Quand je commence à craindre la rencontre sexuelle

C’est probablement l’une des conséquences psychologiques les plus importantes de cette étape.

Je peux commencer à anticiper l’échec avant même qu’il se produise.

Une rencontre qui devrait susciter de l’excitation fait également apparaître une inquiétude :
« Et si cela ne fonctionne pas ? »

Et cette inquiétude peut commencer bien avant le lit.

Pendant le repas.
Dans la voiture.
En montant l’escalier.
Au moment de me déshabiller.

La sexualité n’a pas encore commencé que mon érection est déjà mentalement évaluée.

Une difficulté initialement très physique crée alors de l’inquiétude.

Cette inquiétude détourne une partie de mon attention des sensations érotiques. Je surveille mon corps. L’excitation devient plus fragile.
L’érection diminue.

Et sa diminution confirme aussitôt ma crainte :
« Tu vois bien : ça ne marche plus. »

La fois suivante, la peur est déjà un peu plus présente.

Le physiologique et le psychologique ne s’opposent alors plus vraiment.

Ils peuvent commencer à s’alimenter.

Le piège de l’évitement

Il existe une manière très efficace d’éviter une panne sexuelle :
ne plus me mettre dans une situation où elle pourrait arriver.

Je peux initier moins souvent.

Repousser.
Éviter certains rapprochements.
Transformer un câlin en geste uniquement affectueux parce que je ne veux surtout pas qu’il mène plus loin.

Je peux même commencer à limiter certains gestes tendres parce qu’ils risquent de devenir sexuels.

Et c’est là que la situation peut devenir particulièrement cruelle.

Je ne m’éloigne pas nécessairement parce que je ne désire plus.

Je peux m’éloigner précisément
parce que je désire encore et que j’ai peur de ne plus pouvoir transformer ce désir en relation sexuelle comme auparavant.

La femme avec laquelle je suis peut alors comprendre exactement l’inverse :
« Il ne me désire plus. »

Alors que moi, je peux penser :
« Je ne veux pas la décevoir. »

Deux personnes peuvent ainsi commencer à s’éloigner alors même que le désir existe encore.

La petite boîte dans la table de nuit

À cette étape, mon rapport au médicament change lui aussi.

Auparavant, Viagra ou Cialis représentaient une solution. Puis ils sont devenus presque indispensables.

À présent, ils ne sont plus une garantie.
Et cela crée un sentiment particulier.

J’ai fait ce que la médecine m’avait proposé.

J’ai pris le comprimé. Il fonctionnait auparavant. Mais cette fois-ci, le résultat est insuffisant.

Une pensée peut alors apparaître :
« Si même ça ne fonctionne plus, qu’est-ce qu’il me reste ? »

C’est une question beaucoup plus inquiétante que celle rencontrée quelques années auparavant.

Lorsque j’ai commencé à prendre un médicament, je pouvais me dire :
« Mon corps vieillit, mais la médecine compense. »

Lorsque le médicament devient moins fiable, une autre réalité apparaît :
la médecine ne me restitue plus systématiquement le corps d’avant.

C’est une nouvelle frontière.

Avant de conclure que le médicament « ne marche plus »

Je dois pourtant être prudent.

Une réponse insuffisante au Viagra ou au Cialis ne signifie pas automatiquement que ces médicaments sont devenus inefficaces.

Ils ont besoin d’une stimulation sexuelle pour faciliter l’érection. Les conditions de prise comptent également.

Le sildénafil, notamment, peut agir plus tard lorsqu’il est pris avec un repas important ou très riche en graisses. Le tadalafil n’est pas affecté de la même manière par l’alimentation. La prescription et le dosage doivent aussi être adaptés médicalement.

Et surtout, si l’efficacité change réellement, cela mérite d’être discuté avec le médecin ou l’urologue.

D’autres facteurs peuvent intervenir.

Mon état cardiovasculaire.
Le diabète éventuellement.
Des facteurs hormonaux ou neurologiques.

Certains médicaments.

Mon état psychologique également.

Autrement dit, avant de conclure :
« Mon Viagra ne marche plus »

il faut peut-être commencer par chercher ce qui a changé.

Et certainement pas multiplier seul les prises ou les mélanges.

Le problème n’est plus seulement dans mon pénis

À force de durer, le trouble érectile finit par entrer dans la représentation que j’ai de moi.

Dans ma confiance sexuelle.
Dans mon envie d’aller vers une femme.
Dans la façon dont je me regarde nu.
Dans la manière dont j’imagine le regard de l’autre.

Le problème n’est alors plus seulement dans mon pénis.

Il est aussi dans l’histoire que je commence à raconter autour de lui.

L’érection fonctionne moins bien.

Puis je commence à me penser moins capable.

Moins séduisant.
Plus vieux.
Peut-être moins homme.

C’est là que quelque chose de beaucoup plus vaste que le simple fonctionnement sexuel peut commencer à vaciller.

Peut-on arrêter de se tester ?

À force d’avoir des difficultés, chaque relation peut devenir un test.

Et je peux même commencer à me tester seul.

Une masturbation.
Une érection matinale.
Une image.
Une sensation.

Est-ce que ça fonctionne encore ?

Je peux observer.

Comparer.
Mesurer.
Chercher des signes rassurants.

« Oui, ça marche encore. »

Je comprends très bien cette tentation. Mais plus je transforme ma sexualité en examen permanent, plus il devient difficile de simplement l’habiter.

Mon pénis devient un instrument de mesure.

Alors qu’il ne mesure ni mon désir, ni ma valeur, ni ma masculinité.

Même si je sais combien il peut être difficile de s’en convaincre lorsqu’il cesse précisément de fonctionner comme je le souhaiterais.

Le mot « impuissance »

Il existe d’ailleurs un mot ancien que je trouve particulièrement violent :
impuissance.

Il ne désigne pas seulement une érection insuffisante.

Dans le langage courant, être impuissant signifie ne rien pouvoir faire.

Être incapable d’agir.
Subir.
Cette confusion dit beaucoup de la charge symbolique que j’ai moi-même pu placer sur l’érection masculine.

Une dysfonction érectile ne signifie pas que je suis impuissant.

Mon érection fonctionne plus difficilement.

Cela devrait pouvoir s’arrêter là.

Mais psychologiquement, la frontière est beaucoup moins nette.

Je peux me sentir diminué.
Plus vieux.
Moins séduisant.
Moins capable.

Et parfois moins homme.

C’est précisément à ce moment-là qu’il devient important pour moi d’essayer de séparer deux choses que j’avais longtemps laissées confondues :
ma capacité érectile
et
ma valeur personnelle.

Et pourtant, je voulais encore que cela fonctionne comme avant

Je pourrais raconter qu’à ce stade j’ai immédiatement compris qu’il fallait réinventer ma sexualité.

Ce serait trop simple.

Lorsque quelque chose fonctionne moins bien, mon premier mouvement n’est pas forcément d’inventer autre chose.

C’est d’abord de vouloir réparer.

Je voulais que le médicament fonctionne mieux.
Je voulais retrouver une érection suffisamment dure.
Je voulais pouvoir pénétrer normalement.
Je voulais conserver ce que je connaissais.

Et je ne voyais aucune raison de renoncer à cela tant que cela semblait encore possible.

Je crois qu’il est important de respecter cette envie.

Élargir ma sexualité ne signifie pas prétendre soudain que l’érection ou la pénétration n’ont aucune importance.

Elles en ont une.
Elles peuvent donner énormément de plaisir.
Elles peuvent être chargées d’intimité.

De désir.
De complicité.

Leur perte peut faire souffrir.

Il n’est pas nécessaire de nier cette souffrance pour commencer, peut-être plus tard, à imaginer autre chose.

Peut-être que la question commence seulement à changer

Pendant longtemps, ma question avait été :
« Comment retrouver une bonne érection ? »

Puis elle était devenue :
« Comment faire pour que le médicament fonctionne suffisamment bien ? »

À cette troisième étape, une nouvelle question commence timidement à apparaître :
« Et si je ne pouvais plus toujours compter sur une bonne érection, qu’est-ce qui ferait malgré tout qu’une rencontre sexuelle soit réussie ? »

Je n’avais pas forcément encore la réponse.

Et peut-être n’étais-je pas encore prêt à la chercher complètement.

Parce que tant qu’une érection restait possible, même incertaine, l’espoir de revenir à l’ancien modèle demeurait.

Viagra.
Cialis.
Un peu plus de stimulation.

Une bonne journée.
Moins de fatigue.
Les bonnes conditions.

Peut-être que la prochaine fois…
C’est ce « peut-être » qui caractérise pour moi cette troisième étape.

Je n’avais pas perdu mon érection.

J’avais perdu la certitude de pouvoir compter sur elle.

La perte de confiance précède parfois la perte de fonction

Avec le recul, je me demande si ce n’est pas là le changement le plus important.

Mon corps fonctionne encore. Parfois même très bien.
Mais ma confiance, elle, a déjà diminué.

Je n’entre plus dans une relation sexuelle avec cette forme d’insouciance du corps plus jeune qui ne se demande jamais s’il va répondre.

J’entre avec une histoire.

Les réussites.
Les pannes.
Les comprimés.

Les fois où cela a fonctionné.
Celles où cela n’a pas fonctionné.

Et cette histoire peut venir se coucher avec moi.

Il me faut alors apprendre quelque chose qui me paraît beaucoup plus difficile que prendre un médicament :

revenir au présent.

Cette femme.
Ce corps.
Cette caresse.

Cette sensation.

Ce qui est possible aujourd’hui.

Pas ce que mon corps faisait il y a vingt ans.
Pas ce qu’il a fait la semaine dernière.
Pas ce que j’ai peur qu’il ne fasse plus demain.

Seulement :
ce qui est là.

Et si le médicament ne suffisait vraiment plus ?

Cette troisième phase reste encore celle de l’incertitude.

Parfois cela fonctionne.
Parfois mal.
Parfois très bien.

Le médicament possède encore un effet, mais il n’apporte plus la garantie qu’il avait autrefois.

Puis peut arriver une étape différente.

Le moment où, malgré une utilisation correcte des traitements et après avoir fait le point médicalement, l’érection ne permet pratiquement plus les rapports pénétratifs que je souhaiterais.

Ce n’est plus tout à fait la même incertitude.

La question change encore.

Si Viagra et Cialis ne suffisent réellement plus, que vais-je faire de ma sexualité ?

Chercher d’autres solutions médicales ?
Accepter d’autres formes de sexualité ?
Faire les deux ?

Comment continuer à désirer lorsque je ne peux plus compter sur la pénétration comme auparavant ?

Comment me présenter à une femme ?
Comment recevoir du plaisir ?
Comment ne pas transformer ce changement en renoncement ?

Et peut-être surtout :
comment cesser de confondre la disparition d’une fonction avec la disparition de l’homme qui la possédait ?

Ce sera le sujet du prochain article.

À suivre : « Quand Viagra et Cialis ne suffisent plus : faut-il réinventer sa sexualité ? »


Un repère médical

Ce texte raconte mon expérience personnelle. Une efficacité moindre du sildénafil — Viagra —, du tadalafil — Cialis — ou d’un autre médicament facilitant l’érection ne doit pas conduire à augmenter soi-même les doses, à multiplier les prises ou à associer des traitements sans avis médical.

Ces médicaments ont besoin d’une stimulation sexuelle pour faciliter l’érection. Leur efficacité dépend aussi de leur bonne utilisation, de la prescription et, pour certains, des conditions de prise.

Une dysfonction érectile qui s’aggrave mérite un bilan médical. Plusieurs facteurs peuvent intervenir : cardiovasculaires, métaboliques, hormonaux, neurologiques, médicamenteux ou psychologiques.

Lorsque les traitements oraux deviennent réellement insuffisants, cela ne signifie pas qu’il n’existe plus de prise en charge possible.

D’autres solutions médicales existent.
Mais elles ouvrent une nouvelle étape.

Et peut-être aussi une nouvelle manière de penser ma sexualité.